Une mise en examen à Paris

La banque HSBC a été mise en examen le mercredi 3 juin à Paris, dans le cadre d’une enquête portant sur des soupçons de détournements de fonds publics au Liban. L’établissement bancaire est poursuivi pour « complicité de détournement de fonds publics », un chef qui s’ajoute à des accusations de « blanchiment en bande organisée » et de « défaut de vigilance », selon des informations concordantes.

Cette mise en examen intervient dans le volet libanais de l’affaire dite des « biens mal acquis », une vaste enquête ouverte par la justice française depuis plusieurs années. Les magistrats instructeurs cherchent à déterminer si HSBC a permis, par ses services, le recyclage d’argent public libanais détourné par des personnalités politiques et des hauts responsables.

Les faits reprochés

Selon les éléments transmis par les autorités judiciaires, les faits présumés porteraient sur des transferts de fonds et des opérations bancaires réalisés via la filiale suisse d’HSBC. Ces transactions auraient concerné des sommes issues, selon l’accusation, de détournements opérés au sein des caisses de l’État libanais ou d’entreprises publiques. La banque est soupçonnée d’avoir fermé les yeux sur l’origine frauduleuse de ces capitaux, en violation des obligations de vigilance antiblanchiment.

L’enquête, confiée à des juges d’instruction parisiens, a été ouverte après plusieurs signalements de l’organisation non gouvernementale Sherpa et d’autres associations anticorruption. Ces dernières dénoncent depuis longtemps le rôle présumé d’intermédiaires financiers dans la fuite des capitaux libanais, alors que le pays traverse une crise économique et politique sans précédent.

HSBC conteste les accusations

Dans un communiqué transmis à la presse, la direction d’HSBC a indiqué « contester fermement ces allégations » et a assuré coopérer pleinement avec la justice française. L’établissement a rappelé qu’il respecte l’ensemble des réglementations en vigueur en matière de lutte contre le blanchiment et qu’il applique des procédures de contrôle rigoureuses. La banque a également souligné n’avoir pas été informée, au moment des faits, du caractère illicite des fonds qui lui étaient confiés.

Contexte de l’affaire des biens mal acquis libanais

Cette mise en examen s’inscrit dans un contentieux plus large. La justice française enquête depuis plusieurs années sur des patrimoines acquis en France par des dirigeants libanais et leurs proches, notamment des biens immobiliers de luxe à Paris et sur la Côte d’Azur. Plusieurs personnalités, dont des anciens ministres et des responsables politiques, sont visées par des poursuites pour « recel de détournement de fonds publics » et « blanchiment aggravé ». Les associations anticorruption estiment que des centaines de millions d’euros auraient été détournés des finances publiques libanaises depuis les années 1990.

HSBC avait déjà été mise en cause dans des affaires similaires par le passé, notamment pour des services offerts à des clients accusés de fraude fiscale ou de corruption via sa filiale privée suisse. L’enquête actuelle pourrait, selon des observateurs, élargir le champ des responsabilités des banques internationales dans la gestion des avoirs litigieux provenant de pays en crise.