Dans un entretien récent, le dirigeant de la branche conseil du géant américain de l'informatique, Mohamad Ali, a livré une analyse de l'impact de l'intelligence artificielle sur les métiers du conseil et, plus largement, sur le monde professionnel. Selon lui, la connaissance de l'IA va devenir « aussi indispensable que Word ou Excel », une compétence de base pour tout salarié.
Mohamad Ali, qui préside aux destinées d'IBM Consulting depuis 2024, une structure forte de 150 000 collaborateurs, a décrit la manière dont l'irruption de ChatGPT fin 2022 a bouleversé le paysage. « Une petite start-up est sortie de nulle part avec une application grand public adoptée quasiment du jour au lendemain par des centaines de millions de personnes », a-t-il déclaré, faisant référence à OpenAI. Cet événement a contraint IBM à opérer un « pivot d'une ampleur inédite » pour revenir dans la course de l'IA, non pas par la voie des modèles grand public, mais par celle de la transformation des entreprises.
Un bouleversement sans précédent pour le conseil
La branche conseil d'IBM, qui emploie 150 000 personnes, est directement concernée par cette révolution. L'entreprise, qui avait marqué l'histoire de l'IA en battant le champion d'échecs Garry Kasparov avec Deep Blue en 1997 puis les champions de « Jeopardy ! » avec Watson en 2011, a été reléguée au second plan par l'arrivée des IA génératives. Pour Mohamad Ali, la réaction de son entreprise face à ce choc technologique illustre la nécessité pour les grands groupes de s'adapter rapidement. Il a notamment souligné que la thématique de la souveraineté numérique va crescendo, et qu'IBM revendique de ne pas dépendre d'un seul modèle d'IA, mais de proposer une approche multi-modèles.
Un fossé générationnel et une nécessité de formation
Cette transformation radicale des métiers creuse un fossé générationnel. Les jeunes générations, familiarisées avec les outils d'IA générative, risquent de prendre un avantage décisif sur les travailleurs plus âgés qui n'auraient pas été formés à ces technologies. Le dirigeant d'IBM Consulting insiste sur le fait que la maîtrise de l'IA ne peut plus être une compétence de niche, réservée aux data scientists. Elle doit devenir une compétence transversale, comparable à la maîtrise des logiciels de bureautique.
Les implications pour les entreprises
Ce constat a des implications majeures pour les entreprises. Alors que l'adoption des agents d'IA pose des défis techniques et organisationnels aux directeurs des systèmes d'information (DSI), la question de la formation des équipes devient centrale. Les entreprises qui investiront dans la montée en compétences de leurs collaborateurs sur l'IA seront mieux armées pour faire face à la concurrence. À l'inverse, celles qui négligeront cet aspect risquent de subir une perte de compétitivité.
Mohamad Ali a également évoqué le contexte plus large, marqué par des tensions géopolitiques et la question de la souveraineté technologique. Dans un monde où les acteurs américains dominent largement le marché de l'IA, les entreprises européennes et françaises doivent trouver leur voie, entre dépendance et autonomie. IBM, avec son positionnement historique et sa volonté de ne pas dépendre d'un seul modèle, cherche à s'imposer comme un partenaire de confiance pour les entreprises en quête de solutions d'IA souveraines et adaptées à leurs besoins.
Conclusion
L'analyse de Mohamad Ali confirme que l'IA n'est pas une mode passagère, mais une transformation profonde et durable du monde du travail. Pour les travailleurs comme pour les entreprises, l'enjeu n'est plus seulement d'adopter les outils, mais de développer une culture et une compétence IA généralisées. Ceux qui sauront le faire ne seront pas « dépassés », selon le dirigeant d'IBM.