Les directeurs des systèmes d’information (DSI) se trouvent en première ligne face à un essor des agents d’intelligence artificielle en entreprise qui échappe en partie à leur contrôle, selon une enquête réalisée par IBM. Celle-ci pointe un décalage croissant entre le déploiement rapide de ces technologies et la capacité des organisations à en assurer la gouvernance. Les DSI sont ainsi confrontés à des systèmes qu’ils ne supervisent pas entièrement, ce qui expose les sociétés à des risques opérationnels.

Une adoption inégale en Europe

Le phénomène s’inscrit dans un contexte où la diffusion de l’IA dans le tissu économique reste très hétérogène. Selon une étude menée par Leadfeeder, l’adoption de l’intelligence artificielle en Europe se caractérise par de fortes disparités : les pays nordiques sont en tête du classement, tandis que la France se situe dans une position médiane. L’intégration de ces outils est particulièrement inégale au sein des petites et moyennes entreprises (PME) ainsi que des entreprises de taille intermédiaire (ETI) françaises.

Quand les gains de productivité s’évaporent

Les promesses de productivité liées à l’IA se heurtent également à une réalité plus nuancée. Une étude du Work AI Institute de Glean révèle qu’une part importante du temps des collaborateurs est désormais consacrée à des tâches connexes : fournir du contexte aux outils d’IA, vérifier leurs réponses et corriger leurs erreurs. Ce phénomène réduit substantiellement les gains que ces technologies sont censées apporter. Les salariés paramètrent les assistants sans toujours en retirer un bénéfice net en termes d’efficacité.

Près de quatre entreprises sur dix prêtes à renoncer

Face à ces difficultés, un abandon des agents IA semble se profiler. Selon une projection issue de travaux de recherche, environ 40 % des entreprises pourraient renoncer à déployer ces solutions. Ce taux de déception élevé s’explique notamment par des résultats en deçà des attentes et par une complexité de mise en œuvre qui dépasse les capacités d’encadrement des services informatiques.

Des pistes pour éviter l’échec

Pour éviter que les agents IA ne deviennent des « bombes à retardement », des experts recommandent d’adopter une approche structurée. Parmi les conseils formulés figurent la nécessité de définir des objectifs précis avant tout déploiement, d’assurer une gouvernance stricte des données et des modèles, et de prévoir des mécanismes de supervision humaine pour corriger les dérives. Sans ces garde-fous, le risque de voir les projets d’IA se solder par un échec opérationnel et financier demeure élevé.

La France en retard sur l’IA en entreprise

Dans l’Hexagone, le constat est d’autant plus préoccupant que la France reste « à la traîne » en matière d’intelligence artificielle dans le monde professionnel. L’écart se creuse avec les pays les plus avancés, et les entreprises françaises peinent à transformer l’essai, freinées par un manque de maturité numérique et une culture de la donnée encore insuffisante.

Au total, ces différentes études convergent vers un même diagnostic : l’essor des agents IA, s’il est porteur de potentiel, expose les DSI à un défi de taille, celui de concilier innovation et maîtrise des risques, sous peine de voir les investissements massifs dans ces technologies se solder par des désillusions.