Un centre de données inédit a été immergé à une dizaine de mètres sous la surface, à plus de dix kilomètres des côtes de Shanghai, et a commencé à fonctionner au début du mois de mai. Conjointement développé par HiCloud Technology et China Communications Construction, cet équipement est présenté comme le premier au monde à combiner immersion sous-marine et alimentation exclusive par énergie éolienne offshore.
L’objectif affiché est de réduire l’empreinte énergétique et hydrique des infrastructures de calcul, alors que la croissance de l’intelligence artificielle fait exploser les besoins en serveurs. Selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie, la part des centres de données dans la consommation mondiale d’électricité pourrait atteindre 3 % d’ici à 2030.
L’immersion en mer permet de tirer parti de la fraîcheur naturelle de l’eau pour refroidir les serveurs, évitant ainsi le recours à des systèmes de climatisation électriques. « Les installations sous-marines permettent d’économiser environ 90 % de l’énergie dévolue au refroidissement », a indiqué Yang Ye, vice-président de Highlander, lors des phases d’expérimentation en 2025. Les autorités chinoises avancent que l’association de l’immersion et de l’éolien permet une réduction de 22,8 % de la consommation totale d’énergie.
Un enjeu hydrique crucial
Au-delà de l’électricité, la question de l’eau est devenue centrale dans le débat sur la soutenabilité de l’IA. Un rapport onusien a estimé que les centres de données ont consommé 4 500 milliards de litres d’eau en 2025, principalement pour refroidir les équipements. En immergeant les serveurs, la structure puise directement le froid de l’eau de mer, ce qui réduit considérablement les prélèvements d’eau douce. Entre 25 % et 40 % de la demande électrique d’un centre de données classique est liée au refroidissement.
Un projet qui tranche avec l’échec de Microsoft
Plusieurs expérimentations de data centers sous-marins avaient été tentées par le passé, sans suite industrielle. Microsoft avait notamment déployé un prototype au large des côtes écossaises, avant de le remonter et d’abandonner l’idée. Le choix chinois de coupler l’immersion avec une alimentation renouvelable dédiée (des parcs éoliens situés à proximité de Lingang, à l’est de Shanghai) semble avoir permis d’atteindre un stade opérationnel jamais franchi ailleurs.
Ce premier centre de données sous-marin pourrait servir de modèle pour d’autres régions côtières, en particulier dans les zones où l’espace terrestre est rare et où les ressources en eau sont limitées. Il illustre également la stratégie de la Chine qui cherche à concilier la montée en puissance de l’intelligence artificielle avec ses objectifs climatiques.