Il y a neuf décennies, le 7 juin 1936, une loi promulguée par le gouvernement du Front populaire, dirigé par Léon Blum, accordait pour la première fois aux travailleurs français le droit à des congés payés. Cette date marque l'entrée en vigueur d'une mesure qui allait bouleverser la vie des salariés et poser les fondations des vacances estivales telles qu'elles sont connues aujourd'hui.

À l'époque, les ouvriers et prolétaires, épuisés par des journées de travail sans répit, se mobilisaient dans les rues pour réclamer de meilleures conditions salariales et l'instauration de repos. Le gouvernement de l'époque a alors déposé un projet de loi visant à améliorer la qualité de vie des travailleurs, comprenant une augmentation des salaires de 7 à 15 % ainsi que la mise en place d'un salaire minimum. C'est dans la nuit du 7 au 8 juin 1936, sept semaines après les premiers rassemblements, que le texte a été signé à l'hôtel Matignon. Le 20 juin suivant, la loi était adoptée, accordant quinze jours de congés payés à l'ensemble des travailleurs.

L'extension progressive du droit aux congés

Ce premier pas a été suivi de plusieurs élargissements au fil des décennies. Vingt ans plus tard, une troisième semaine de congés payés a été instaurée, puis une quatrième en 1968. Il a fallu attendre 1982 pour que les salariés français bénéficient des cinq semaines de congés annuels qui constituent aujourd'hui une norme. Cette évolution a permis à des milliers de Français de prendre la route des vacances, privilégiant les stations balnéaires et les destinations ensoleillées durant les mois de juillet et août. Une salariée avait alors exprimé son étonnement dans un journal télévisé en 1976 : « On avait du mal à réaliser que c'était possible, partir 15 jours en vacances et toucher la paie en revenant. »

Des disparités persistantes dans l'accès aux vacances

Malgré ces avancées, le droit aux congés payés ne garantit pas un départ en vacances pour tous. Les données de l'Observatoire des inégalités révèlent que 42 % des travailleurs français ne partent pas en vacances, faute de moyens financiers. Cette proportion masque des écarts importants selon les catégories socioprofessionnelles et les revenus. Selon les chiffres du Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) datant de 2024, 78 % des cadres supérieurs partent en congés, contre seulement 47 % des ouvriers. Parmi les personnes aux foyers, ce taux tombe à 38 %.

Les disparités sont également marquées en fonction du niveau de revenu. Les personnes gagnant moins de 1 285 euros par mois ne sont que 42 % à partir en vacances. Ce taux atteint 55 % pour ceux dont le revenu se situe entre 1 285 et 1 840 euros, 71 % pour la tranche de 1 840 à 2 755 euros, et jusqu'à 76 % pour les revenus supérieurs à 2 755 euros. Les professions intermédiaires partent aussi massivement (72 %), tandis que seulement 47 % des ouvriers prennent des congés. Ces inégalités s'expliquent en partie par un effet de reproduction sociale : les catégories les plus favorisées ont souvent eu l'habitude de partir en vacances pendant leur enfance, ce qui les incite à perpétuer cette pratique à l'âge adulte, contrairement aux milieux plus modestes.

Un héritage toujours d'actualité

En 2026, près de 90 ans après la création des congés payés, environ 35 millions de Français partent en vacances chaque année, contre 21 millions en 1966. Cependant, le droit au repos reste conditionné par des capacités économiques inégales. La mesure historique du Front populaire a indéniablement ouvert la voie à des semaines de détente rémunérées, mais l'accès effectif aux vacances demeure un marqueur des inégalités sociales dans la France contemporaine.