Le plan de régularisation exceptionnel initié par l'exécutif espagnol a suscité un afflux de demandes sans précédent. Le chef du gouvernement a indiqué que plus d'un million de personnes en situation irrégulière avaient déposé leur dossier avant la date butoir du 30 juin. Ce processus, qui contraste nettement avec les politiques migratoires durcies observées ailleurs en Europe, vise à accorder un titre de séjour et un permis de travail valables uniquement en Espagne.
Les autorités disposent à présent d'un délai de trois mois pour examiner les candidatures et statuer sur l'octroi des documents. La mesure, lancée à la mi-avril, avait pour objectif initial de régulariser environ 500 000 personnes. Le nombre de demandes a donc largement dépassé les estimations, ce qui laisse présager une charge administrative importante pour les services compétents.
Un dispositif aux critères précis
Pour être éligibles, les candidats doivent prouver leur présence sur le territoire espagnol avant le 1er janvier 2026 et justifier d'un casier judiciaire vierge. Le titre de séjour délivré est valable un an, renouvelable. Ce dispositif offre une alternative à l'attente de deux ans qui était auparavant nécessaire pour espérer obtenir un premier titre.
De nombreux migrants travaillaient jusqu'ici au noir, dans des conditions souvent précaires. Dans la province d'Almería, des milliers de personnes employées dans les exploitations agricoles sous serres – surnommées la « mer de plastique » – vivent dans des bidonvilles dépourvus d'eau potable et d'électricité. La régularisation devrait permettre d'embaucher légalement environ 10 000 ouvriers agricoles supplémentaires dans cette seule région, et d'ouvrir la voie à un logement décent.
Un impact économique significatif
L'immigration joue un rôle moteur dans l'économie espagnole. Les personnes d'origine étrangère représentent environ 16 % de la population active. Selon les données disponibles, près de la moitié de la croissance économique enregistrée au cours des trois dernières années est attribuable à l'apport des travailleurs immigrés. En 2025, l'Espagne a affiché une croissance de 2,8 %, contre 1,4 % en moyenne dans la zone euro et 0,9 % en France.
Ce n'est pas la première fois que le pays a recours à une régularisation massive. La précédente opération d'envergure, menée en 2005 sous le gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero, avait abouti à la régularisation de 576 000 personnes.
Des tensions politiques et sociales persistantes
Le plan du gouvernement socialiste ne fait toutefois pas l'unanimité. Environ 60 % des Espagnols estiment que le nombre d'immigrés est trop élevé, selon des enquêtes d'opinion récentes. La formation d'extrême droite Vox, qui tient un discours fermement opposé à l'immigration, est devenue la troisième force politique du pays.
La fracture sociale autour de la question migratoire reste vive, alors que le gouvernement justifie sa politique par les besoins structurels de l'économie et le vieillissement de la population. Les autorités sont désormais attendues sur la mise en œuvre concrète du plan et sur sa capacité à intégrer durablement les nouveaux titulaires de permis de séjour sur le marché du travail.