Un précédent italien

En décembre 2025, l'Italie a attribué plus de 1,1 gigawatt de capacité solaire répartis sur 88 projets lors d'un appel d'offres inédit : les candidats devaient s'engager à n'utiliser aucun matériel fabriqué en Chine. Selon les données de l'agence italienne des services électriques (GSE), le prix moyen des offres retenues s'est établi à 66,38 euros par mégawattheure, soit une majoration de 17 % par rapport à une enchère classique organisée la même année, sans restriction géographique.

Ce surcoût délibéré, accepté par les pouvoirs publics pour réduire la dépendance vis-à-vis de Pékin, révèle l'étroitesse des alternatives disponibles. Plus de 90 % des modules solaires installés dans l'Union européenne proviennent encore de Chine.

Hégémonie chinoise

La République populaire assure aujourd'hui plus de 80 % de la fabrication mondiale de composants photovoltaïques, du polysilicium jusqu'aux panneaux finis. Cette domination à chaque maillon de la chaîne de valeur – lingots, plaquettes, cellules – a permis de fournir des équipements bon marché au reste du monde, mais expose les acheteurs à un risque de dépendance stratégique.

Ajay Srivastava, fondateur du Global Trade Research Initiative, souligne que même les panneaux assemblés en Inde ou au Vietnam intègrent généralement des cellules, des plaquettes ou du polysilicium d'origine chinoise. « La Chine est présente dans presque toutes les chaînes d'approvisionnement solaires mondiales », explique-t-il.

Des deux côtés de l'Eurasie

L'Inde, bien qu'elle ait développé une capacité de production nationale significative, reste tributaire de la Chine pour l'essentiel de ses besoins solaires. New Delhi a multiplié les mesures incitatives pour stimuler sa propre industrie, mais la dépendance demeure forte, en particulier pour les composants intermédiaires.

L'Union européenne, de son côté, tente de relancer une filière solaire locale moribonde, alors même qu'elle s'est fixé des objectifs climatiques ambitieux pour 2040. Les industriels européens peinent à rivaliser avec les prix chinois, et les quelques usines encore en activité sont souvent déficitaires.

Quelles perspectives ?

L'enchère italienne prouve qu'une sortie partielle du système chinois est techniquement possible, mais à un coût immédiat. Les analystes estiment que la construction d'une chaîne d'approvisionnement alternative, qu'elle passe par l'Inde, l'Europe ou d'autres partenaires, nécessitera des investissements massifs, une coordination politique forte et l'acceptation de prix plus élevés, au moins à court terme.

Pour les gouvernements, l'enjeu ne se limite pas à l'économie : la sécurité énergétique et la résilience des infrastructures critiques sont désormais au cœur des préoccupations. Si aucun des deux blocs ne peut aujourd'hui se passer totalement de la Chine, les premiers pas vers une diversification sont engagés.

Conclusion

La volonté affichée par l'Inde et l'Europe de construire une chaîne d'approvisionnement propre en dehors de la Chine se heurte à la réalité de l'hégémonie industrielle de Pékin. L'expérience italienne montre que la diversification est payante, mais chère. Les mois et les années à venir diront si les deux puissances parviennent à transformer leurs ambitions en une véritable alternative crédible.