Alors que les signes d’un renforcement d’El Niño se multiplient dans le Pacifique tropical, les Nations unies tirent la sonnette d’alarme pour l’Afrique. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM) ont conjointement réclamé une enveloppe de plus de 200 millions de dollars (environ 175 millions d’euros) afin de protéger 8,8 millions de personnes réparties dans 22 pays considérés comme très exposés au retour de ce phénomène météorologique destructeur. Les fonds serviraient notamment à financer des transferts monétaires, la distribution de semences résistantes au climat, la protection du bétail et la mise en place de dispositifs de contrôle des inondations.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a confirmé que des conditions El Niño se sont développées dans le Pacifique tropical, ajoutant qu’elles devraient « se renforcer rapidement dans les mois à venir, augmentant la probabilité d’événements météorologiques extrêmes dans de nombreuses parties du monde ». Ce constat accroît l’urgence d’une préparation à grande échelle, alors que le continent africain figure parmi les zones les plus vulnérables.

Les pays africains en première ligne

Selon les organismes onusiens, les pays africains les plus menacés sont le Cameroun, l’Éthiopie, le Kenya, Madagascar, le Malawi, le Mozambique, le Nigeria, la Somalie, le Soudan du Sud, le Soudan, l’Ouganda et le Zimbabwe. Ces nations, déjà éprouvées par des chocs climatiques récurrents, pourraient subir des épisodes de sécheresse sévère ou des précipitations diluviennes selon les régions.

Un phénomène aux effets contrastés

El Niño est un réchauffement naturel des températures de surface de l’océan dans le centre et l’est du Pacifique, qui se produit généralement tous les deux à sept ans. Il peut durer de neuf à douze mois et se traduit, selon les zones géographiques, par des conditions plus chaudes et plus sèches ou, au contraire, par une augmentation des pluies et des inondations. « Pour l’Afrique, ce n’est pas une seule histoire climatique. L’impact sera en réalité beaucoup plus varié », explique Kgaugelo Mkumbeni, chercheur au sein du projet Risque climatique et sécurité humaine de l’Institut d’études de sécurité.

Les leçons du passé

Les précédents épisodes El Niño ont déjà infligé des dégâts considérables au continent. En 2024, une sécheresse prolongée dans le nord du Botswana a gravement affecté les populations et la faune. Au Zimbabwe, la sécheresse liée à El Niño a conduit les autorités à déclarer l’état de catastrophe nationale, menaçant des millions de personnes de famine. Ces précédents illustrent l’ampleur des défis à venir si des mesures de préparation ne sont pas rapidement mises en œuvre.

Si l’appel de fonds de la FAO et du PAM constitue un premier pas, les experts estiment que la mobilisation doit être accélérée pour éviter une crise humanitaire majeure. La fenêtre d’action se referme à mesure que le phénomène gagne en intensité.