L'inflation annuelle dans la zone euro a atteint 3,2 % au mois de mai, selon la première estimation d'Eurostat publiée ce mardi. Ce chiffre, conforme aux attentes des économistes interrogés par l'agence Bloomberg, marque une accélération par rapport aux 3 % enregistrés en avril et repasse au-dessus du seuil des 3 % pour la première fois en trois ans.

Cette nouvelle poussée des prix s'explique principalement par l'envolée des coûts de l'énergie, conséquence directe des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, mais aussi par la hausse des prix dans les services et les biens industriels. L'inflation sous-jacente, qui exclut les éléments les plus volatils comme l'énergie et l'alimentation, s'établit à 2,5 % sur un an, soit un dixième de point de plus que les prévisions des analystes.

Des disparités marquées entre États membres

Les données publiées par l'institut statistique européen font apparaître de fortes disparités au sein de la zone euro. La Bulgarie enregistre le taux le plus élevé, avec 6,3 % sur un an, en hausse de 0,3 point par rapport au mois précédent. À l'inverse, Malte connaît la progression la plus modérée, avec 2,1 %. Parmi les grandes économies, la France affiche une inflation de 2,8 %, l'Italie de 3,3 % et l'Espagne de 3,6 %.

Ces chiffres confirment la tendance déjà esquissée la semaine précédente dans les trois plus grands États membres, où l'inflation demeure nettement supérieure à l'objectif de 2 % fixé par la Banque centrale européenne (BCE).

La BCE sous pression pour agir

La prochaine réunion de politique monétaire de la BCE se tient la semaine qui vient, et les marchés anticipent désormais une hausse du principal taux directeur, maintenu à 2 % depuis l'été dernier. L'institution avait jusqu'à présent résisté à un resserrement, invoquant le ralentissement de la croissance – le produit intérieur brut de la zone euro n'a progressé que de 0,1 % au premier trimestre – et l'incertitude persistante sur l'ampleur et la durée du choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient.

Mais plusieurs responsables de la BCE semblent désormais convaincus qu'il n'est plus possible d'attendre. Le Lituanien Gediminas Simkus, membre du conseil des gouverneurs, a ainsi déclaré qu'« il est très important de réagir en temps opportun à ce contexte inflationniste émergent afin de pouvoir prévenir une éventuelle accélération de l'inflation et la spirale inflationniste, en les stoppant dès leur apparition avec le moins d'impact possible sur l'économie ».

Un geste attendu, une suite incertaine

Pour Carsten Brzeski, économiste chez ING Research, une hausse des taux lors de la prochaine réunion constituerait un « geste symbolique » de la part de la BCE pour démontrer aux marchés « sa détermination à agir ». Il estime en revanche que l'attitude de l'institution pour les mois suivants demeure beaucoup plus aléatoire, compte tenu de l'environnement économique fragile.

Le contexte inflationniste actuel ravive les craintes d'une érosion du pouvoir d'achat des ménages et complique l'équation pour les banques centrales, partagées entre la nécessité de contenir les prix et celle de soutenir une croissance atone. La décision de la BCE sera scrutée de près par les investisseurs, alors que l'inflation s'éloigne encore un peu plus de l'objectif de 2 %.