Le Rassemblement national (RN) explore la voie d’un référendum pour interdire le voile dans l’espace public, en cas de victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2027. L’hypothèse, portée par la présidente du parti, fait l’objet de discussions internes, certains cadres exprimant des réserves sur la faisabilité et l’opportunité d’une telle mesure.

Une proposition de longue date remise sur le métier Depuis 2012, le parti, alors connu sous le nom de Front national, défend l’interdiction du voile dans l’espace public. Cette position, inscrite dans son logiciel politique, vise à faire disparaître le port du voile dans la rue. Cependant, l’évolution du contexte politique et les doutes sur la constitutionnalité d’une telle interdiction conduisent aujourd’hui le RN à réfléchir à un nouveau mode d’adoption : le recours au référendum.

Interrogé le 20 juillet, le vice-président du RN, Sébastien Chenu, a confirmé cette piste. Selon lui, une élection de Marine Le Pen à la présidence de la République entraînerait l’organisation d’une consultation populaire sur ce sujet. « Aujourd’hui, le voile est un outil politique pour contester l’État républicain », a-t-il déclaré, justifiant ainsi la nécessité de légiférer par la voie directe.

Des dissensions au sein du parti Pourtant, cette orientation n’est pas partagée par tous. Jordan Bardella, président du RN et tête de file aux européennes, ferait partie des cadres qui contestent la pertinence de l’interdiction du voile dans l’espace public. Selon des informations concordantes, plusieurs responsables du parti estiment que la mesure est difficile à mettre en œuvre sur le plan juridique, notamment au regard de la liberté religieuse garantie par la Constitution. D’autres craignent qu’elle ne nuise à la stratégie de normalisation du parti.

Cette divergence illustre les tensions qui traversent le RN sur un sujet identitaire central. Marine Le Pen, qui a fait de la lutte contre ce qu’elle qualifie d’« islamisme » un axe fort de son programme, semble déterminée à maintenir la promesse d’une interdiction, mais cherche une voie compatible avec les contraintes institutionnelles.

Un débat au-delà du RN La proposition du RN ne manque pas de susciter des réactions dans le paysage politique. Les partis de gauche et une partie de la droite républicaine rappellent qu’une interdiction générale du voile dans l’espace public serait contraire à la jurisprudence du Conseil constitutionnel et à la Convention européenne des droits de l’homme. Le gouvernement actuel, par la voix de plusieurs ministres, a déjà exclu une telle mesure, jugée liberticide.

De son côté, Sébastien Chenu balaie ces objections en affirmant que le référendum permettrait de trancher la question par la volonté populaire, au-delà des obstacles juridiques. Il estime que le voile est devenu un marqueur politique et qu’il convient de l’interdire pour préserver l’ordre républicain.

Quelles suites ? À ce stade, aucune décision formelle n’a été prise par le parti. Le projet de référendum reste une option, qui pourrait être inscrite dans le programme de Marine Le Pen pour 2027. La candidate, qui n’a pas encore officiellement annoncé sa candidature, devrait clarifier sa position dans les mois à venir. L’issue du débat interne et les réactions de l’opinion publique détermineront si cette promesse sera maintenue ou abandonnée.