Une alerte du ministère de l'Intérieur
Le ministère de l'Intérieur irakien a lancé une mise en garde officielle concernant une invasion de datura, une plante connue sous les noms de jimsonweed, pomme épineuse ou « trompette du diable ». Les autorités exhortent les agriculteurs et la population à signaler immédiatement toute observation de cette espèce, dont la propagation inquiétante affecte les cultures agricoles.
Dans un communiqué, le ministère a indiqué que la plante contient des composés chimiques extrêmement toxiques qui perturbent le système nerveux des humains, des animaux et même d'autres végétaux. Bien que la datura pousse habituellement de manière dispersée dans les régions désertiques et soit parfois cultivée pour ses propriétés pharmaceutiques, sa croissance a pris une ampleur incontrôlée, selon les autorités.
Caractéristiques et dangers de la datura
La datura est reconnaissable à ses fleurs blanches ou violettes en forme de trompette, à ses fruits verts épineux et à ses grandes feuilles dégageant une odeur forte. Malgré sa classification comme plante vénéneuse, elle renferme des alcaloïdes tropaniques — atropine, hyoscyamine et scopolamine — utilisés en médecine à des doses très précises pour dilater les pupilles, traiter le mal des transports ou comme anticonvulsivants. Khalid Mohammed Omer, professeur de chimie à l'Université de Sulaimani, a précisé que cette plante est employée à des fins médicinales depuis cinq cents ans.
Origines et expansion mondiale
Originaire d'Amérique centrale, la datura était utilisée par les populations autochtones avant l'arrivée des colons européens, principalement comme anesthésique et analgésique. Au tournant du XVIe siècle, les Européens, frappés par ses puissants effets neurologiques, l'ont ramenée en Europe, d'où elle s'est répandue sur tous les continents. Elle envahit aujourd'hui les terres agricoles irakiennes, a expliqué le professeur Omer.
Une capacité d'adaptation surprenante
Les scientifiques s'interrogent sur la capacité de la datura à prospérer dans des climats très différents de celui de son habitat d'origine. Une équipe de l'Université de Séville, en Espagne, a analysé plus de 124 000 signalements de la plante dans le monde, recensant environ 7 444 emplacements documentés. Résultat : 57 % de ces sites se situent dans des environnements froids, en totale contradiction avec son milieu natal. La plante a également colonisé les zones chaudes et humides qui lui sont favorables, ne laissant que 1 % des territoires propices mondiaux encore épargnés.
En Irak, les sols riches en azote des berges des rivières et le climat semi-aride chaud constituent un « environnement idéal » pour que la datura achève son expansion et exploite ce dernier pour cent de zones disponibles, a indiqué Mohamed Elhagarey, professeur au Centre égyptien de recherche sur le désert.
Une « adaptation immédiate » favorisée par les conflits
Les recherches montrent que la datura n'a pas besoin de plusieurs siècles pour s'acclimater à un nouveau territoire. Dès que ses graines touchent le sol, elle déploie une « capacité latente d'adaptation immédiate », selon les scientifiques. Cette propagation rapide en Irak a été aggravée par le déclin de l'activité agricole durant les périodes de guerre et de conflit. « Avec la négligence des terres agricoles due à ces perturbations et la disponibilité de sols fertiles abandonnés, cette plante a trouvé un environnement approprié pour établir ses racines », a expliqué Mohamed Elhagarey.
Réponse des autorités et risques futurs
Les autorités irakiennes mènent une campagne de lutte complète contre la plante, combinant contrôle biologique, épandage de pesticides et sensibilisation du public. Cependant, Elhagarey estime que la datura conserve un potentiel d'expansion géographique supplémentaire et ne devrait pas s'arrêter à ses limites actuelles, en particulier dans les zones chaudes qu'elle n'a pas encore atteintes.
La prolifération de cette espèce invasive représente une menace sérieuse pour la sécurité agricole de l'Irak, déjà fragilisé par des années d'instabilité. Les autorités appellent donc à une vigilance accrue de la part de tous les citoyens pour endiguer cette invasion.