Depuis le déclenchement des hostilités, les États du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont subi des tirs de missiles et de drones en provenance d'Iran, visant aussi bien des bases militaires américaines que des infrastructures énergétiques civiles. Lundi encore, le Koweït a indiqué que sa défense aérienne repoussait une nouvelle salve, après que les États-Unis eurent annoncé avoir ciblé des sites radar et de drones dans le sud de l'Iran.
Avec la proximité géographique et l'alignement sur Washington, les économies et les infrastructures des pays du CCG se trouvent particulièrement exposées lorsque les tensions montent. Mais au-delà de l'urgence militaire, une interrogation de fond émerge : comment les relations entre Téhéran et ses voisins pourront-elles évoluer si le conflit s'achève par une négociation, sans changement de régime à Téhéran ?
Des exigences de désarmement et des griefs réciproques
Les capitales du Golfe ont clairement fait savoir à Washington qu'un simple cessez-le-feu ne suffirait pas. Elles insistent sur la nécessité de réduire la capacité de l'Iran à menacer la région par ses missiles et ses drones. De son côté, Téhéran considère que les pays du CCG ne sont pas des acteurs neutres dans le conflit. Babak Dorbeiki, analyste politique basé à Londres et ancien responsable au Centre de recherche stratégique iranien, souligne qu'aux yeux de l'Iran, ces États ont joué un rôle dans les campagnes de pression contre lui, que ce soit en accueillant des forces américaines, en fournissant une aide logistique ou en soutenant indirectement des actions militaires.
Un sommet du CCG pour coordonner la riposte
Fin avril, les dirigeants des pays du CCG se sont réunis pour la première fois en Arabie saoudite afin d'harmoniser leur réponse aux frappes iraniennes. Entre le début de la guerre le 28 février et l'annonce d'une trêve le 8 avril, plus de 4 000 missiles et drones iraniens ont été lancés contre des cibles dans les États du CCG, la plupart interceptés. Bien que la fréquence des tirs ait diminué, la vulnérabilité persiste en raison de l'instabilité régionale. Le ministère qatari des Affaires étrangères a mis en garde contre le risque d'un « conflit gelé » qui se rallumerait « à chaque fois qu'il y a une raison politique ».
Les Émirats arabes unis ont posé comme condition à toute avancée diplomatique l'arrêt des attaques iraniennes contre les États voisins. L'Arabie saoudite, de son côté, a prévenu Téhéran de ne pas cibler le royaume ni les autres pays du Golfe.
Une confiance érodée et des conséquences économiques
Par ses actions hostiles, l'Iran a éloigné des pays qui, par le passé, lui avaient offert un soutien précieux. Les Émirats arabes unis, ainsi que l'Irak et la Turquie (non membres du CCG), avaient joué un rôle important dans les circuits commerciaux, financiers et de réexportation qui permettaient à Téhéran de contourner les sanctions internationales. Une rivalité existait, notamment sur les marchés pétrolier et gazier, mais un équilibre fonctionnel s'était installé. Si les États du Golfe resserrent désormais leurs rangs autour d'une méfiance partagée envers l'Iran, les répercussions pourraient dépasser le cadre politique pour affecter les échanges, la logistique et les projets de développement régional.
Dans l'immédiat, les voisins de l'Iran devraient aborder Téhéran avec une suspicion accrue et une prudence renforcée. Cette attitude impactera non seulement la diplomatie, mais aussi les routes commerciales, les infrastructures régionales et les futurs corridors de transport et d'énergie, prévient Babak Dorbeiki.
La géographie, une contrainte indépassable
Reza Alijani, analyste politique basé à Paris, rappelle que la proximité physique impose aux deux parties de trouver un modus vivendi. L'Iran et les monarchies du Golfe partagent des frontières maritimes et des intérêts communs en matière de sécurité énergétique et de stabilité économique. Ignorer ce donné géographique serait illusoire. Cependant, la méfiance accumulée durant le conflit laisse peu de place à une réconciliation rapide.
Vers une reconstruction difficile
Si Téhéran et Washington devaient parvenir à un accord mettant fin à l'état d'hostilité avec l'Occident, l'Iran devrait entreprendre des démarches diplomatiques et économiques significatives pour améliorer sa situation régionale et ses relations avec ses voisins, estime Babak Dorbeiki. Mais la question de la confiance reste centrale : les années de tensions et les frappes récentes ont creusé un fossé qui ne se comblera pas par un simple cessez-le-feu. Le chemin vers une normalisation s'annonce long et semé d'embûches, conditionné à la fois par une désescalade militaire crédible et par une réorientation stratégique de Téhéran.