L’actrice Isabelle Adjani a été condamnée ce mercredi 1er juillet 2026 par la cour d’appel de Paris à une peine de dix mois d’emprisonnement avec sursis, assortie d’une amende de 10 000 euros, pour des faits de fraude fiscale aggravée et de blanchiment. Ce jugement, prononcé en audience publique, clôt une procédure ouverte depuis plusieurs années et marque une nette atténuation par rapport aux réquisitions formulées par le parquet général.
Le ministère public avait en effet requis, lors de l’audience d’avril 2026, une peine de 18 à 24 mois de prison ferme et une amende de 250 000 euros, ainsi qu’une exécution provisoire de la peine. L’avocat général Laurent Couderc avait plaidé pour la « confirmation totale du jugement de première instance », estimant que la présence de l’actrice aux débats n’avait « pas modifié l’analyse juridique des faits ». La cour a toutefois considérablement réduit la sanction, optant pour une peine entièrement assortie d’un sursis et une amende symbolique au regard des montants évoqués.
Des faits remontant à plusieurs années
Isabelle Adjani, âgée de 70 ans, avait été condamnée en première instance en 2023 pour s’être fictivement domiciliée au Portugal en 2016 et 2017, afin d’échapper à l’impôt français. L’accusation portait également sur la dissimulation d’une donation en prêt en 2013 et sur le transit d’une somme d’argent via les États-Unis en 2014. Selon l’avocat de la Direction générale des finances publiques, Me Ralph Boussier, « toute sa vie fiscale est un habillage permanent, on saute d’une dette à une autre ». Il a ajouté que l’actrice « était résidente en France avec une résidence non habituelle au Portugal ».
L’actrice, qui avait plaidé non coupable lors des audiences, a vivement contesté les accusations. Devant la cour, elle a déclaré : « Je me demande s’il n’y a pas une forme d’animosité personnelle à mon endroit. » Elle s’est présentée non comme une « voleuse » mais comme la « proie » de « prédateurs », affirmant être une « victime d’escroqueries successives ». Elle a également rejeté la responsabilité sur ses conseillers fiscaux, expliquant : « Mes affaires, je les ai confiées à des gens pour qu’elles soient gérées en bonne et due forme. »
Une défense fondée sur la phobie administrative
Au cours des débats, Isabelle Adjani a livré une confession personnelle sur sa gestion de ses obligations fiscales : « Je vais être honnête, je n’ai jamais rempli une fiche d’impôt. Et heureusement, car ça aurait été désastreux. J’ai la phobie des papiers. » Cette déclaration, rapportée lors de l’audience, illustre selon elle sa dépendance à l’égard de tiers pour la gestion de ses affaires.
L’actrice a également mis en cause l’un des gérants de sa société Isia Films ainsi que son ancien compagnon, le médecin Stéphane Delajoux, qu’elle soupçonne « d’avoir euthanasié sa mère ». Ces accusations, non liées directement au volet fiscal, témoignent du climat de défiance qui entoure sa situation personnelle et financière.
Le cadre juridique et les implications
Le parquet général avait requis l’exécution provisoire de la peine, ce qui aurait pu entraîner une incarcération immédiate même en cas d’appel. La cour d’appel n’a pas suivi cette demande, et la peine de prison avec sursis signifie qu’Isabelle Adjani n’effectuera pas de détention, sauf en cas de nouvelle condamnation pour des faits similaires dans un délai fixé par le tribunal.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de lutte contre la fraude fiscale des personnalités publiques. Les autorités judiciaires ont multiplié les poursuites ces dernières années, visant à dissuader les contribuables les plus aisés de recourir à des montages complexes pour échapper à l’impôt. Le montant de l’amende infligée – 10 000 euros – reste modeste comparé aux centaines de milliers d’euros d’impôts éludés présumés, mais le caractère symbolique de la peine pourrait satisfaire l’administration fiscale.
Réactions et suites
Au moment de la publication de ce verdict, ni l’avocat d’Isabelle Adjani ni le parquet général n’avaient officiellement commenté la décision. L’actrice, qui avait assisté à l’intégralité des débats en avril dernier, ne s’est pas exprimée publiquement après le prononcé. La voie d’un pourvoi en cassation reste ouverte, mais aucune information n’a filtré sur une éventuelle intention de contester ce jugement.
Cette condamnation met un terme à une procédure judiciaire longue de plusieurs années, mais d’autres contentieux pourraient surgir si l’administration fiscale décidait d’engager des actions complémentaires pour le recouvrement des sommes dues. Pour l’heure, Isabelle Adjani conserve sa liberté et pourra poursuivre ses activités artistiques, bien que cette affaire ait entaché son image publique.