La 25e législature israélienne a officiellement pris fin dans la nuit du jeudi 16 au vendredi 17 juillet, après avoir adopté les derniers textes nécessaires à la tenue des élections générales du 27 octobre. Il s'agit du premier mandat parlementaire complet depuis 1988, une rareté dans un système politique marqué par des coalitions fragiles et des dissolutions anticipées.
Le vote de la loi sur le financement des partis a scellé la clôture des travaux, libérant les fonds publics alloués aux formations politiques pour leur campagne. Cette étape juridique confirme la date du scrutin, fixée au dernier jour autorisé par la loi.
Une campagne sous le signe de la défiance
Le Premier ministre sortant, Benyamin Netanyahou, brigue un nouveau mandat à la tête du gouvernement le plus à droite de l'histoire du pays. Âgé de 76 ans, il a annoncé son intention de l'emporter et de former une "large union nationale", sans toutefois préciser les contours d'une telle alliance. Les sondages récents placent cependant son parti, le Likoud, en position de faiblesse face à une opposition qui progresse mais reste fragmentée.
La principale menace pour Netanyahou vient de l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot, dont le nouveau parti centriste Yashar (« Direct ») a bondi dans les intentions de vote, dépassant le Likoud selon plusieurs enquêtes d'opinion. Eisenkot capitalise sur le mécontentement lié à la gestion des récentes guerres et à la sécurité nationale.
Une série de lois controversées
Dans les dernières semaines de la législature, la coalition au pouvoir a accéléré l'adoption de textes très disputés. Parmi eux, une réforme des médias (adoptée par 53 voix contre 48) remplace le régulateur audiovisuel indépendant par une autorité placée sous la tutelle gouvernementale, une mesure perçue comme un outil de contrôle de l'information. Deux chaînes réputées favorables à l'exécutif bénéficient de dispositions financières avantageuses.
Une autre loi, particulièrement polémique, exempte les jeunes hommes ultra-orthodoxes du service militaire. Cette communauté, qui représente environ 14 % de la population, peut ainsi se consacrer aux études religieuses sans risquer de poursuites pour désertion, contrairement aux citoyens laïcs. Le chef d'état-major, le général Eyal Zamir, a publiquement dénoncé cette mesure en évoquant un manque de 12 000 soldats dans les rangs de Tsahal, alors que 70 000 jeunes ultra-orthodoxes refusent l'enrôlement. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a par ailleurs débloqué des fonds importants pour accélérer la colonisation en Cisjordanie, satisfaisant ainsi les partis ultranationalistes de la coalition.
Un scrutin aux enjeux multiples
Le système électoral israélien repose sur la représentation proportionnelle intégrale : les citoyens votent pour des listes de parti dans une circonscription unique, et les sièges (sur 120) sont répartis en fonction du pourcentage de voix obtenu, à condition de franchir le seuil de 3,25 %. Aucune formation n'ayant jamais obtenu la majorité absolue, la constitution d'une coalition gouvernementale après le scrutin est inévitable.
Les élections d'octobre interviennent dans un contexte marqué par la guerre à Gaza, déclenchée par les attaques du 7 octobre 2023, et par les récents conflits avec l'Iran et le Liban. Une enquête menée par l'Université hébraïque de Jérusalem indique que plus de 92 % des Israéliens estiment que l'Iran a remporté le conflit régional, et la cote de popularité de Benyamin Netanyahou est passée de 40,5 % en mars à 29,4 % en juin. La colère persiste également face aux défaillances sécuritaires du 7 octobre.
La campagne officielle ne fait que débuter, mais les dés sont déjà jetés : la droite de l'échiquier politique demeure majoritaire dans l'opinion, tandis que l'opposition centriste tente de capitaliser sur le rejet du Premier ministre. L'issue du scrutin déterminera non seulement la survie politique de Benyamin Netanyahou, mais aussi l'orientation future d'Israël au Proche-Orient.