Alors que le conflit au Moyen-Orient vient d’entrer dans son quatrième mois, la situation militaire et diplomatique reste extrêmement tendue. D’un côté, Israël accentue sa pression sur le Hezbollah au Liban en avançant plus profondément dans le sud du pays. De l’autre, les tractations entre les États-Unis et l’Iran n’ont pas encore abouti, malgré des déclarations parfois contradictoires émanant de la Maison-Blanche.
Israël s’empare de la citadelle de Beaufort et élargit sa zone d’évacuation
Dimanche 31 mai, l’armée israélienne a appelé les habitants de la région située au sud du fleuve Zahrani à quitter les lieux « immédiatement ». Ce cours d’eau se trouve à environ quarante kilomètres de la frontière israélienne. Avichay Adraee, porte-parole arabophone de l’armée, a prévenu sur Telegram que « tout bâtiment utilisé par le Hezbollah à des fins militaires peut devenir une cible ». L’ordre d’évacuation, le plus étendu depuis le début de l’offensive, vise à éloigner les civils d’une zone où les combats s’intensifient.
Dans le même temps, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé que les forces israéliennes s’étaient emparées de la forteresse médiévale de Beaufort. Ce site surplombant une vaste partie de la région avait déjà été utilisé par Tsahal comme base durant l’occupation du sud du Liban, qui a duré deux décennies jusqu’en 2000. La prise de ce lieu symbolique marque une nouvelle étape dans la progression israélienne.
Cette extension des opérations militaires intervient alors que des pourparlers entre responsables militaires israéliens et libanais ont eu lieu et doivent se poursuivre la semaine suivante à Washington. Aucun détail n’a été communiqué sur le contenu de ces discussions.
Frappes meurtrières et combats au sud du Liban
Mercredi 27 mai, l’armée israélienne avait déjà mené de nouvelles frappes dans le sud du Liban. Selon le ministère libanais de la Santé, ces bombardements ont fait 31 morts, dont au moins quatre enfants et trois femmes, et 40 blessés. Quatorze personnes ont péri dans la localité de Burj al-Shamali, près de Tyr.
Plusieurs villages des secteurs de Bint Jbeil, Marjeyoun et Tyr ont été visés par l’artillerie et l’aviation israéliennes, d’après des médias locaux. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, avait affirmé la veille vouloir « accélérer » l’offensive au Liban, dans une vidéo diffusée sur Telegram.
Le torchon brûle entre Washington et Téhéran
Sur le plan diplomatique, le président américain Donald Trump a affirmé avoir reçu de l’Iran l’engagement de ne pas se doter de l’arme nucléaire. Il a toutefois conditionné tout accord à la satisfaction de « lignes rouges » qu’il n’a pas détaillées. L’Iran a de son côté confirmé qu’« aucun deal » n’avait « encore été conclu ». Les messages envoyés par la Maison-Blanche ces derniers jours ont semblé contradictoires, certains responsables affichant un optimisme prudent tandis que d’autres mettaient en garde contre une possible rupture des négociations.
Des frappes américaines nocturnes dans le sud de l’Iran, survenues dans la nuit de lundi à mardi, ont été dénoncées par Téhéran comme une violation du cessez-le-feu en vigueur. L’Iran a accusé les États-Unis d’avoir rompu l’accord, tandis que Washington assure avoir les moyens de repartir en guerre si nécessaire.
Le guide suprême iranien met en garde
Le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei — qui n’était pas apparu en public depuis sa prise de fonction début mars — a profité du rituel du hajj pour adresser un message à la région. Il a appelé « les pays islamiques à renforcer leur amitié et leur coopération », estimant qu’ils partagent « des atouts et des intérêts communs qui façonneront le nouvel ordre régional et mondial ». Il a également prévenu que « les États-Unis ne trouveront aucun refuge sûr dans la région pour y répandre le mal ou y établir des bases militaires ».
L’Iran rétablit partiellement Internet
Dans un registre différent, Téhéran a annoncé les premières mesures pour rétablir l’accès à Internet, coupé quasi totalement depuis le déclenchement de la guerre le 28 février. Le vice-président Mohammad Reza Aref a indiqué sur X que « la première étape vers un accès libre et régulé au cyberespace a été franchie », promettant que les demandes des Iraniens « seront satisfaites ».
Réactions des marchés
Les marchés financiers, eux, oscillent entre espoir de paix et crainte d’une escalade. Mercredi matin, le baril de Brent perdait 1,35 %, à 98,24 dollars, tandis que le West Texas Intermediate chutait de 1,73 %, à 92,27 dollars. Un analyste a souligné qu’« un air d’optimisme prudent subsiste sur les marchés quant à la signature d’un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran, bien que les attentes aient été entachées par les récentes frappes défensives américaines et par la déclaration de l’Iran affirmant qu’elles violent l’accord ». Les Bourses asiatiques ont terminé en ordre dispersé, Tokyo et Séoul progressant tandis que Hong Kong et Shanghai abandonnaient du terrain.