Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a annoncé qu’il cessait tout contact avec la Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas. La décision a été officialisée à la suite de la diffusion d’un rapport médiatique dans lequel la diplomate européenne est accusée d’avoir comparé la politique menée par Israël à celle du régime d’apartheid en Afrique du Sud.
Gideon Saar a justifié cette rupture en évoquant « l’injustice flagrante » dont ferait preuve Kaja Kallas. Il a également souligné que ce geste illustrait l’isolement croissant de l’État hébreu vis-à-vis de nombreux partenaires traditionnels. La mesure implique une suspension de toute communication officielle et de toute coordination diplomatique entre le ministère israélien des Affaires étrangères et le bureau de la cheffe de la diplomatie européenne.
Cette crise intervient alors que le Bureau des droits de l’homme des Nations unies a déjà conclu, dans des rapports antérieurs, qu’Israël violait les lois internationales qui interdisent l’apartheid. Ces conclusions, bien que contestées par les autorités israéliennes, fournissent un cadre juridique aux critiques adressées par une partie de la communauté internationale.
Kaja Kallas, ancienne Première ministre estonienne, a pris ses fonctions de Haute Représentante en 2024. Depuis, elle s’est montrée critique à l’égard de certaines opérations militaires israéliennes dans les territoires palestiniens, en particulier à Gaza, et a plaidé pour le respect du droit international humanitaire. Ses déclarations ont régulièrement irrité les responsables israéliens, mais la comparaison avec l’apartheid a constitué une ligne rouge.
La rupture avec Kaja Kallas ne signifie pas une cessation totale des relations entre Israël et l’Union européenne. Les canaux de communication avec d’autres instances de l’UE restent ouverts, mais cette décision complique la coordination sur des dossiers sensibles comme le dossier nucléaire iranien, les relations avec les pays arabes ou la stabilisation du Liban. L’Union européenne n’a pas encore réagi officiellement à cette annonce, mais des responsables ont fait savoir qu’ils regrettaient une décision qu’ils jugent disproportionnée.
Cette escalade diplomatique s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre Israël et plusieurs de ses alliés occidentaux. Les critiques sur la conduite de la guerre à Gaza, sur la colonisation en Cisjordanie et sur le statut juridique des territoires occupés ont provoqué des frictions répétées avec des capitales européennes, ainsi qu’avec l’administration américaine. La rupture avec la cheffe de la diplomatie de l’UE constitue un nouveau signe de l’isolement d’Israël sur la scène internationale.
Sur le plan juridique, la référence à l’apartheid n’est pas anodine. Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale qualifie l’apartheid de crime contre l’humanité. Plusieurs organisations non gouvernementales et experts onusiens ont accusé Israël de pratiquer un système d’apartheid à l’encontre des Palestiniens, ce que l’État hébreu dément catégoriquement. Le ministre Saar, en réagissant avec une telle vigueur, entend signifier que toute assimilation de la politique israélienne à ce régime sera désormais traitée comme une rupture diplomatique.
Les conséquences pratiques de cette décision pourraient affecter la coopération dans les enceintes multilatérales, notamment au sein des Nations unies, où l’UE coordonne souvent ses positions avec Israël pour certains votes. La mise en œuvre de l’accord d’association UE-Israël, qui régit les relations bilatérales, pourrait également être affectée dans ses volets politiques, même si les aspects commerciaux et économiques devraient rester en dehors de ce conflit.
Pour l’heure, aucun signe d’apaisement n’est perceptible. Gideon Saar n’a pas indiqué de conditions pour un rétablissement du dialogue. Kaja Kallas n’a pas commenté directement cette annonce. La balle est désormais dans le camp des institutions européennes, qui devront décider si elles souhaitent répondre par une initiative diplomatique ou maintenir leur position de principe.