Les heurts ont éclaté dans la soirée de lundi à Bologne, en marge d'un rassemblement réclamant « justice pour Abderrahim Fakir ». Selon le parquet local, 64 policiers ont été blessés lors des affrontements qui ont opposé environ une centaine de manifestants aux forces de l'ordre. Deux véhicules ont été incendiés avant que le calme ne revienne dans la nuit.
Le drame remonte à dimanche matin dans le quartier populaire de Pilastro. Des agents avaient été appelés après qu'un voisin eut signalé un homme « se comportant de manière erratique » et donnant des coups de pied dans des portes de garage. Sur place, les policiers ont d'abord tenté de le calmer avant d'utiliser du gaz lacrymogène.
Une vidéo diffusée par les médias italiens montre deux agents assis sur Fakir, qui était allongé face contre terre et criait pour qu'ils s'arrêtent. Un troisième individu, qui n'est pas un policier, lui maintient les jambes tandis que des secouristes se tiennent à proximité. Environ deux minutes plus tard, l'homme cesse de bouger. Les policiers lui attachent alors les poignets et les chevilles. Constatant qu'il ne réagit plus, l'un d'eux le gifle à deux reprises sur la joue. À l'arrivée d'un ambulancier, Fakir est déjà inconscient.
Le parquet de Bologne a ouvert une enquête pour homicide involontaire contre les deux agents et le personnel médical présent sur les lieux. Plusieurs témoins ont affirmé aux enquêteurs que Fakir, bien qu'en détresse, ne menaçait personne et était manifestement désarmé.
Les réactions politiques
La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a déclaré qu'il était impératif que la vérité sur cette mort soit établie, tout en ajoutant que « rien ne peut justifier la violence contre les forces de l'ordre ». Elle a appelé à ne pas instrumentaliser le drame.
Le maire de Bologne, Matteo Lepore, qui avait convié la nièce de la victime sur l'estrade lors du rassemblement de lundi, a estimé que quiconque avait vu la vidéo en était « choqué ». Il a distingué deux attitudes dans la foule : « des milliers de personnes rassemblées pacifiquement et spontanément pour exprimer leur soutien à la famille d'Abderrahim Fakir » face à un groupe minoritaire « qui pense pouvoir répondre à la violence par la violence ».
En revanche, Domenico Pianese, secrétaire général du syndicat de police, a vivement critiqué la décision du maire d'appeler à une manifestation « le lendemain d'un événement aussi dramatique ». Selon lui, cela a attiré « tous les pseudo-anarchistes et ceux qui sont anti-police... pour profiter de la situation et protester contre l'État ». Interrogé sur d'éventuelles erreurs dans l'interpellation, Pianese a estimé que « à en juger par les images, l'intervention a été menée correctement », arguant que l'usage du gaz lacrymogène et l'aide d'un civil pour maîtriser Fakir prouvaient que le recours à la force n'avait pas été excessif.
La douleur de la famille
La sœur de la victime, Khadija, s'est exprimée auprès des médias italiens : « On ne peut pas mourir comme ça. Ils l'ont tué sans pitié, et je veux la vérité. » Sa nièce, Yossra, a pris la parole lors de la manifestation : « C'était mon oncle. Ce n'était pas un numéro, pas une ligne d'actualité... il était aimé. Il méritait qu'on l'aide, qu'on l'écoute, et il méritait la dignité. »
L'enquête se poursuit pour déterminer les circonstances exactes de ce décès qui a ravivé les tensions autour des pratiques policières en Italie. Les autorités appellent au calme alors que de nouvelles mobilisations sont redoutées dans les jours à venir.