La séance du conseil municipal d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) a été brutalement interrompue par un geste jugé provocateur de la part d'un élu du Rassemblement national. Kévin Nader, conseiller municipal RN, a sorti un crucifix et a commencé à réciter à haute voix un « Je vous salue Marie », selon des témoins et le compte rendu de l'assemblée. Cet incident s'est produit alors que la municipalité examinait des délibérations relatives aux subventions aux associations culturelles.
L'élu d'extrême droite avait, quelques instants plus tôt, pris la parole pour stigmatiser deux de ses collègues, les accusant de porter des signes religieux ostensibles – en l'occurrence des voiles – et proposé d'en interdire le port pendant les séances du conseil municipal. La maire, Philippe Bouyssou (Parti communiste français), a immédiatement réagi en rappelant à l'ordre Kévin Nader, dénonçant une « provocation inacceptable » et une « atteinte à la laïcité dans l'enceinte de l'assemblée communale ».
« J'ai été extrêmement choqué par ce comportement, a déclaré Philippe Bouyssou. Un conseil municipal est un lieu de débat républicain, pas une tribune pour des démonstrations religieuses. J'ai demandé au secrétaire de séance de consigner cet incident et j'ai saisi la préfecture pour avis sur les suites à donner. » L'édile a également annoncé son intention de saisir le bureau du conseil municipal afin d'étudier d'éventuelles sanctions disciplinaires à l'encontre de l'élu RN.
De son côté, Kévin Nader a justifié son geste en affirmant vouloir « défendre les racines chrétiennes de la France » et « protester contre l'islamisation des institutions ». Il a nié toute volonté de nuisance, présentant sa prière comme un « acte symbolique pacifique ». Toutefois, son attitude a été unanimement condamnée par les autres groupes politiques représentés au conseil municipal, à l'exception de son propre parti, le Rassemblement national, qui n'a pas encore officiellement réagi à cet incident.
Cet événement intervient dans un contexte de tensions récurrentes autour de la laïcité dans les collectivités territoriales. Plusieurs associations de défense des valeurs républicaines ont déjà appelé à une vigilance accrue, tandis que le préfet du Val-de-Marne a été saisi par la municipalité pour avis sur la conformité de cet acte avec le règlement intérieur du conseil. Une enquête administrative interne est en cours pour déterminer si des poursuites pour trouble à l'ordre public ou violation du principe de neutralité du service public sont envisageables.
Les élus locaux et les observateurs s'interrogent désormais sur les conséquences de ce geste sur le climat politique local, déjà marqué par des échanges vifs entre majorité et opposition. Le conseil municipal a été suspendu pendant une vingtaine de minutes avant de reprendre ses travaux, mais sans que l'incident ne soit clos par une décision formelle de la part du maire.