Dans un entretien publié ce 3 juin, Jacques Toubon, ancien ministre de la culture, a lancé un appel en faveur d'une alliance politique visant à refonder l'exception culturelle française. Il estime que le moment est venu de construire une nouvelle politique culturelle à l'horizon 2027. Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par l'affaire Grasset et la tribune anti-Bolloré diffusée lors du festival de Cannes.
L'ancien ministre s'inquiète particulièrement de l'évolution de sa propre famille politique, qu'il juge en dérive vers l'extrême droite. Il voit dans cette tendance une menace pour les valeurs culturelles et les mécanismes de soutien à la création qui ont fait la spécificité de la France. Selon lui, seule une alliance large, dépassant les clivages traditionnels, permettra de préserver et de moderniser l'exception culturelle, modèle qui garantit un financement public et un cadre réglementaire favorable aux industries culturelles.
Contexte et enjeux
Les récents événements dans le monde de l'édition et du cinéma ont agi comme un révélateur. L'affaire Grasset, qui a secoué le secteur éditorial, et la tribune anti-Bolloré, lue à Cannes, ont mis en lumière les tensions autour de la concentration des médias et de l'influence des grands groupes privés. Jacques Toubon voit dans ces épisodes la preuve que l'exception culturelle est fragilisée et nécessite une réponse politique forte.
Pour l'ancien ministre, la reconstruction de l'exception culturelle passe par une remobilisation des acteurs publics et privés autour d'un projet commun. Il appelle à une alliance politique qui ne se limiterait pas à un seul parti, mais rassemblerait des forces diverses, y compris des personnalités issues de la société civile, des artistes et des intellectuels. L'objectif serait de définir une feuille de route pour 2027, année des prochaines échéances électorales majeures.
Une alerte sur la dérive politique
Jacques Toubon ne cache pas son inquiétude face à la montée des idées d'extrême droite dans le champ politique français, en particulier au sein de la droite traditionnelle dont il est issu. Il considère que cette évolution compromet la capacité à défendre une politique culturelle ambitieuse et indépendante. Selon lui, l'exception culturelle ne peut survivre sans un engagement clair en faveur de la diversité et de la liberté de création.
Cet appel intervient alors que plusieurs débats animent la scène culturelle française, notamment sur le financement du cinéma et de l'édition, la régulation des plates-formes numériques et la place des médias indépendants. L'ancien ministre estime que le sujet doit être porté au plus haut niveau de l'État et faire l'objet d'un consensus transpartisan.
Perspectives
La proposition de Jacques Toubon suscite des réactions contrastées. Certains y voient une initiative salutaire pour sortir de l'impasse politique, tandis que d'autres doutent de la faisabilité d'une telle alliance. L'ancien ministre espère que son appel contribuera à ouvrir un débat nécessaire sur l'avenir de la politique culturelle en France, à un moment où les défis technologiques et économiques se multiplient.
L'entretien publié dans la presse ce mercredi devrait alimenter les discussions dans les milieux culturels et politiques, à quelques mois des prochaines échéances électorales.