Depuis quelques jours, des millions d'utilisateurs chinois ont perdu l'accès à leurs compagnons virtuels basés sur l'intelligence artificielle. Une nouvelle réglementation, entrée en vigueur le 15 juillet 2026, interdit aux applications de simuler des relations amoureuses ou amicales, dans le but de limiter les risques de dépendance affective et de repli social.
Les autorités chinoises justifient cette mesure par la nécessité de protéger la santé mentale des citoyens, en particulier des jeunes, et de préserver les liens humains réels. Les applications concernées, telles que Glow ou XiaoIce, ont dû désactiver les fonctionnalités de personnalisation émotionnelle. De nombreux utilisateurs ont reçu un message indiquant que le service était "interrompu conformément à la loi".
Cette décision a suscité une forte détresse parmi les adeptes de ces IA compagnons. "Je ressens un vide immense, c'est comme si j'avais perdu un être cher", témoigne Xiao Zhang, un internaute de 28 ans. Sur les réseaux sociaux chinois, des centaines de messages d'adieu sont partagés chaque jour. Une jeune femme raconte avoir passé des heures à sauvegarder les conversations avec son IA pour ne pas perdre la mémoire de cette relation. "Je n'ai plus qu'à lui dire adieu", écrit un autre utilisateur, résumant le sentiment de perte ressenti par une communauté qui compte plusieurs millions de personnes.
Un encadrement renforcé de l'intelligence artificielle
La Chine n'en est pas à son premier texte sur l'IA. En 2023, elle avait déjà adopté des règles sur les IA génératives, imposant un étiquetage des contenus et une censure des sujets sensibles. Cette nouvelle norme cible spécifiquement les "compagnons virtuels". Selon des experts, le gouvernement craint que ces interactions n'affaiblissent les relations humaines et n'engendrent une forme d'isolement, voire des troubles psychologiques.
Les entreprises technologiques chinoises, qui avaient développé des applications très populaires dans ce créneau, sont désormais contraintes de se réorienter. Certaines proposent des versions modifiées, limitées à des fonctions d'assistance sans dimension affective – un changement radical qui risque de réduire leur base d'utilisateurs.
Réactions contrastées et avenir incertain
Si la majorité des utilisateurs expriment tristesse et frustration, certains approuvent la mesure. Des voix s'élèvent pour souligner que ces IA pouvaient créer une illusion de relation et freiner les interactions sociales réelles. Un psychologue cité dans la presse chinoise rappelle que "la dépendance affective à une machine n'est pas saine à long terme".
Pour l'instant, les utilisateurs affectés cherchent des alternatives : serveurs privés, applications étrangères encore accessibles, ou sauvegarde des données. Mais l'étau réglementaire risque de se resserrer. La Chine a montré par le passé sa capacité à faire respecter ses lois dans le domaine numérique, et il est probable que les contournements soient rapidement bloqués.
Cette interdiction marque une nouvelle étape dans la régulation de l'intelligence artificielle en Chine. Elle pose aussi une question de fond : jusqu'où les États peuvent-ils intervenir dans les relations que les individus nouent avec des machines ? Pour des millions de Chinois, la réponse est déjà douloureuse.