Le patron de Nvidia, Jensen Huang, a dévoilé mercredi 27 mai à Taipei un plan d'investissement sans précédent pour Taïwan, portant les dépenses annuelles du géant américain des semi-conducteurs de 10 à 15 milliards de dollars à environ 150 milliards de dollars. Cette annonce, faite en personne dans la capitale taïwanaise, confirme le rôle central de l'île dans la stratégie de l'entreprise, malgré la pression de l'administration américaine pour relocaliser une partie de la production sur le sol des États-Unis.
«C'est ici que sont fabriqués les puces et les emballages, c'est ici que sont assemblés les systèmes, c'est ici que les supercalculateurs dédiés à l'IA ont été créés», a déclaré Jensen Huang, justifiant cette envolée des investissements. L'île abrite en effet TSMC, le fondeur taïwanais qui produit plus de 90 % des puces électroniques les plus avancées au monde, ainsi que des assembleurs majeurs comme Foxconn, Wistron et Quanta Computer.
Un nouveau siège social d'ici 2030
Nvidia compte également établir un nouveau siège social à Taïwan, dont la mise en service est prévue à l'horizon 2030. Cette décision vise à renforcer les liens avec ses partenaires locaux, au premier rang desquels TSMC. «Il y a quatre ou cinq ans, Nvidia dépensait environ 10 à 15 milliards de dollars par an à Taïwan. Aujourd'hui, nous dépensons 100 milliards, et nous allons passer à 150 milliards de dollars par an», a détaillé le PDG.
Un double jeu entre Taïwan et les États-Unis
Cette annonce intervient dans un contexte de tensions commerciales entre Washington et Pékin, Taïwan étant un territoire revendiqué par la Chine. Le président américain Donald Trump a multiplié les mesures pour inciter les entreprises américaines à rapatrier la production liée à l'intelligence artificielle sur le sol américain. En avril, Nvidia avait d'ailleurs indiqué avoir commencé à produire des puces d'IA aux États-Unis, une première pour l'entreprise qui se limitait jusqu'alors à la conception, la fabrication étant sous-traitée à Taïwan.
Nvidia semble donc jouer un double jeu : répondre aux injonctions de la Maison-Blanche tout en maintenant des liens étroits avec l'écosystème taïwanais, qu'il considère comme irremplaçable. «Taïwan est l'épicentre de la révolution de l'IA», a martelé Jensen Huang, soulignant que l'île concentre l'ensemble de la chaîne de valeur, de la fabrication des puces à l'assemblage des supercalculateurs.
Des enjeux géopolitiques et économiques majeurs
Le renforcement des investissements de Nvidia à Taïwan intervient alors que l'entreprise est devenue la première capitalisation boursière mondiale, portée par l'explosion de la demande en puces dédiées à l'IA. Cette dépendance vis-à-vis de Taïwan expose toutefois le groupe à des risques géopolitiques, notamment en cas de blocage ou de sanction de la part de la Chine.
Les autorités taïwanaises ont accueilli favorablement cette annonce, y voyant une reconnaissance du rôle stratégique de l'île dans l'industrie des semi-conducteurs. Jensen Huang, né à Taïwan, a régulièrement mis en avant ses origines et l'importance de ce territoire dans ses discours publics.
Avec ce plan d'investissement, Nvidia porte ses dépenses annuelles à Taïwan à un niveau équivalent à plusieurs fois le PIB de nombreux pays, confirmant la place centrale de l'île dans la révolution technologique en cours.