Le groupe chinois Jingye a enclenché une procédure de consultation prévue par le traité bilatéral d'investissement (BIT) entre la Chine et le Royaume-Uni, dans l'espoir d'obtenir une indemnisation pour la nationalisation de British Steel. La société, qui avait acquis le site de Scunthorpe en 2020, estime que la décision du gouvernement britannique de prendre le contrôle de l'usine justifie un dédommagement.

Jingye a confirmé avoir sollicité les autorités britanniques dans le cadre de ce traité. Dans un message publié sur son compte WeChat, le groupe chinois a indiqué avoir « récemment initié des procédures de consultation » et exprimé le souhait que Londres « protège pleinement les droits et intérêts légitimes de Jingye et des autres entreprises chinoises, ainsi que des investisseurs internationaux ».

Selon des sources industrielles, le montant réclamé par Jingye dépasserait le milliard de livres sterling. L'entreprise avait déjà fait savoir, en juin 2025, qu'elle cherchait à recouvrer jusqu'à 711 millions de livres de dettes de British Steel. Les discussions entre le groupe et le gouvernement britannique sur le montant d'une éventuelle compensation durent depuis plus d'un an.

Le gouvernement britannique a indiqué qu'il pourrait limiter ou refuser le versement. Un porte-parole du département des Affaires et du Commerce (DBT) a déclaré que le Royaume-Uni respecterait « ses obligations internationales », mais a précisé qu'un expert indépendant serait nommé pour déterminer « quelle indemnisation, le cas échéant, est due ». Cette déclaration suggère que Londres pourrait contester le bien-fondé de la demande.

La nationalisation de British Steel a été décidée en avril 2025 pour éviter la fermeture des deux derniers hauts-fourneaux du site de Scunthorpe, qui emploie environ 2 700 personnes. Le gouvernement avait alors pris le contrôle de l'entreprise par le biais d'une législation d'urgence. Avant cette intervention, Jingye et le DBT avaient mené des négociations sur une transition vers des fours à arc électrique, mais celles-ci avaient échoué, le groupe chinois étant accusé de vouloir mettre les hauts-fourneaux à l'arrêt.

Le coût de maintien en activité de British Steel pour les finances publiques est élevé. Un rapport du Bureau national d'audit (National Audit Office) a estimé que l'usine coûtait environ 1,3 million de livres par jour au contribuable britannique.

Cette procédure d'indemnisation pourrait peser sur les relations entre la Chine et le Royaume-Uni. Elle intervient alors que le projet de loi sur l'industrie sidérurgique, qui doit permettre de finaliser la nationalisation, poursuit son parcours parlementaire. Le texte a déjà été adopté par la Chambre des communes et doit être examiné par la Chambre des lords.

Malgré l'obtention récente de contrats importants, notamment pour la construction d'une voie ferrée en Turquie et un accord de 500 millions de livres avec Network Rail pour la fourniture de rails, des analystes estiment que ces marchés pourraient ne pas suffire à assurer la pérennité de l'entreprise.