L'Angleterre aborde sa demi-finale de la Coupe du monde 2026 contre l'Argentine avec un joueur dont l'importance n'a cessé de croître au fil du tournoi : Jude Bellingham. À 23 ans, le milieu de terrain du Real Madrid a inscrit six buts en six matchs, égalant le total de son capitaine Harry Kane et n'étant devancé au classement du Soulier d'or que par Kylian Mbappé, Lionel Messi et Erling Haaland, ce dernier comptant sept réalisations. Cette moisson fait de lui le premier footballeur anglais à marquer sept fois au cours d'une même phase finale de Coupe du monde (un but lors de la petite finale contre la France ayant porté son total à sept, surpassant les six de Gary Lineker au Mexique en 1986 et ceux de Harry Kane en Russie en 2018).

Un retour au premier plan après des mois en dents de scie

Si son début de saison à Madrid n'a pas atteint les sommets attendus, comme l'a souligné l'ancien attaquant international Wayne Rooney, Bellingham a retrouvé toute sa superbe sous le maillot des Three Lions. « Pour ce qui est du meilleur joueur du monde, on pense à Mbappé ou Haaland, a déclaré Rooney. Bellingham n'a pas tout à fait atteint ces niveaux au Real cette saison, mais pour moi, il a été le meilleur joueur du tournoi. » Rooney a également insisté sur l'état d'esprit du jeune milieu : « Chez Jude, tout repose sur l'énergie, la passion, l'envie, la détermination, et c'est ainsi qu'il récolte ses récompenses. C'est très rare d'avoir cela. Beaucoup de ces grands joueurs s'appuient sur la technique et la capacité pour créer leurs moments. Jude a ce désir et cette faim, et c'est tellement rafraîchissant de voir un joueur évoluer dans le match le plus difficile tout en y parvenant. » L'ancien Mancunien a même établi un parallèle avec sa propre carrière : « Il me rappelle moi-même : une minute on se dit “ce garçon est un génie”, et la minute suivante on pense “ne va pas dans ce tacle, ne te fais pas expulser”. C'est exactement comme j'étais. »

Un parcours fulgurant depuis Birmingham

Le natif de Stourbridge a fait ses débuts professionnels à Birmingham City à l'âge de 16 ans et 38 jours, en août 2019, devenant le plus jeune joueur de l'histoire du club, effaçant des tablettes le record de Trevor Francis datant de 1970. Un rapport de recrutement d'un club de Premier League, rédigé dès son premier match, soulignait déjà « son grand athlétisme, ses longues jambes, sa foulée gracieuse et son volume de travail », mais aussi sa capacité technique à « porter le ballon hors de la pression et à trouver des espaces entre les lignes ou sur les côtés ». Ce même document recommandait de le signer immédiatement, de le prêter, puis de l'intégrer à l'effectif professionnel dans les dix-huit mois. L'ascension fut encore plus rapide : un an plus tard, Bellingham rejoignait le Borussia Dortmund, avant de signer au Real Madrid en 2023 pour un montant record pour un joueur de son âge.

Un joueur de grands rendez-vous

Avec neuf buts et trois passes décisives cumulés en Coupes du monde et Championnats d'Europe, Bellingham s'est imposé comme un élément décisif dans les grands rendez-vous. Son coéquipier au Real, Kylian Mbappé, reste le seul joueur européen à avoir marqué plus de neuf buts dans un grand tournoi avant l'âge de 24 ans (12). La statistique est éloquente : en phase finale de grande compétition, Bellingham marque ou délivre une passe décisive toutes les 138 minutes, contre une toutes les 284 minutes lors des autres matchs internationaux.

Lors de ce Mondial, il a marqué lors des victoires en phase de groupes contre la Croatie et le Panama, puis inscrit un doublé en huitièmes contre le Mexique avant de récidiver contre la Norvège en quarts. Dans ce dernier match, il a également délivré une passe décisive pour le but de Harry Kane. Son influence a été telle que l'ancien milieu de terrain Danny Murphy a commenté, à propos d'une de ses réalisations : « Il a tellement confiance en ses capacités. La patience, la technique, la frappe. Quel but du meilleur joueur d'Angleterre. »

Un leadership qui s'affirme

Au-delà des statistiques, Bellingham s'affirme comme un leader. Lors de la petite finale contre la France, alors qu'il aurait pu tirer un penalty, il a cédé le ballon à Bukayo Saka pour permettre à son coéquipier de signer un triplé. Saka a confirmé après le match : « Non, Jude n'allait jamais le tirer. Il a été le premier à dire : “va chercher ton triplé”, donc aucun d'entre eux n'est venu me distraire. J'ai toujours été celui qui devait le tirer. »

Alors que l'Angleterre se prépare à affronter l'Argentine de Lionel Messi pour une place en finale, Jude Bellingham incarne plus que jamais l'espoir d'une nation. Son histoire, de « gamin du coin » à héros national, illustre une trajectoire exceptionnelle qui pourrait trouver son apothéose dans les jours à venir.