Une prise de distance sur le fond, pas sur la forme

Juliette Binoche a fait savoir qu’elle regrettait l’emploi du mot « fasciste » dans la tribune collective dénonçant l’emprise de Vincent Bolloré sur le paysage médiatique français. L’actrice, qui figure parmi les signataires de ce texte, a jugé ce terme « maladroit » dans une déclaration rapportée par plusieurs médias. Elle précise avoir signé la pétition pour son message général, sans forcément adhérer à chaque formulation employée.

Le texte en question, publié il y a plusieurs jours, avait suscité un vif débat. Ses auteurs y décrivaient une « dérive fasciste » attribuée à l’influence croissante du groupe contrôlé par l’homme d’affaires Vincent Bolloré, propriétaire de chaînes de télévision, de radios et de journaux. La tribune avait rassemblé des centaines de signatures, principalement issues du monde de la culture, du journalisme et de la recherche.

Un terme qui fâche, même chez les signataires

Interrogée sur sa participation à cette initiative, Juliette Binoche a déclaré qu’elle n’avait pas personnellement choisi le vocabulaire de la pétition. « Je ne suis pas l’autrice du texte, j’ai simplement apporté mon soutien à une cause qui me paraît juste », a-t-elle expliqué. Elle a ajouté qu’à la réflexion, le qualificatif retenu lui semblait aujourd’hui disproportionné ou maladroit, sans toutefois remettre en cause l’objet principal de la tribune, à savoir la concentration des médias et ses conséquences sur le débat public.

Cette nuance intervient alors que plusieurs voix s’étaient élevées pour critiquer la tonalité de la tribune, estimant que le terme « fasciste » était historiquement chargé et pouvait affaiblir la portée du message. D’autres signataires ont également pris leurs distances avec cette formulation spécifique tout en maintenant leur adhésion au constat général.

Un débat qui dépasse le monde culturel

L’épisode illustre les tensions récurrentes autour de la place de Vincent Bolloré dans les médias français. Son groupe, qui détient notamment des chaînes comme CNews et C8, ainsi que des journaux et des radios, est régulièrement accusé par ses détracteurs de promouvoir une ligne éditoriale conservatrice et de favoriser une certaine uniformisation de l’information. Les partisans de l’industriel, eux, défendent une liberté d’entreprise et une pluralité de points de vue.

La tribune avait été lancée par un collectif de personnalités, parmi lesquelles des cinéastes, des écrivains et des universitaires. Juliette Binoche, connue pour son engagement politique et social, avait apporté sa signature sans participer à la rédaction du texte.

Regret sans rétractation

L’actrice n’a pas annoncé son retrait de la liste des signataires. Elle a simplement souhaité clarifier sa position personnelle, afin que son nom ne soit pas associé à une accusation qu’elle juge excessive. « Mon combat est pour l’indépendance de l’information et contre la concentration des pouvoirs. Cela suffit à définir ma position », a-t-elle résumé.

Cette affaire soulève une question plus large sur la responsabilité des signataires de pétitions collectives : jusqu’où sont-ils engagés par les termes choisis par les rédacteurs ? Plusieurs intellectuels avaient déjà débattu de ce point lors de précédentes tribunes polémiques.

Une polémique qui ne faiblit pas

La controverse autour de la tribune anti-Bolloré ne semble pas près de s’éteindre. D’autres personnalités ont elles aussi été interpellées sur leur soutien au texte. Certaines ont réaffirmé leur position, d’autres ont choisi de répondre de manière plus discrète. Juliette Binoche, en prenant la parole publiquement, a choisi la voie de la transparence, quitte à se démarquer partiellement du collectif.

Reste à savoir si cette prise de distance contribuera à apaiser les échanges ou, au contraire, à relancer les critiques sur la légitimité de la tribune. Dans un climat médiatique et politique déjà polarisé, chaque mot semble peser lourd.