Le tribunal judiciaire de Paris a examiné vendredi 5 juin une plainte en diffamation visant l'écrivain Kamel Daoud et le quotidien Le Figaro. La plaignante, Saâda Arbane, une Algérienne qui affirme que l'auteur s'est approprié son récit personnel pour écrire son roman Houris – couronné par le prix Goncourt en 2024 –, a saisi la justice après une interview publiée dans le journal en 2025.
À l'issue des débats, le ministère public a requis la relaxe de Kamel Daoud et du journal, estimant que les éléments constitutifs de l'infraction n'étaient pas réunis. La décision du tribunal a été mise en délibéré.
Cette audience s'inscrit dans un contexte géopolitique tendu entre la France et l'Algérie. L'affaire est perçue par certains observateurs comme un nouvel épisode des tensions bilatérales, d'autant que l'écrivain Boualem Sansal est actuellement détenu en Algérie. « La France ne peut même pas protéger Kamel Daoud en France, à Paris, et ne peut rien pour Boualem Sansal en Algérie. C’est une démonstration de force : Alger peut déposer une plainte contre Kamel Daoud en France », a commenté un avocat de la défense, soulignant la dimension politique du dossier.
Un conflit sur la propriété littéraire d'un vécu traumatique
Le litige trouve son origine dans la parution de Houris, roman qui explore la guerre civile algérienne des années 1990 à travers le destin d'une femme. Saâda Arbane assure que l'ouvrage reprend sans autorisation des éléments intimes de son existence, qu'elle aurait confiés à l'écrivain. Elle a donc engagé une action en diffamation après que Kamel Daoud a publiquement répondu aux accusations dans les colonnes du Figaro, estimant que ses déclarations dans l'entretien étaient diffamatoires à son égard.
La défense de l'écrivain et du journal a plaidé que les propos incriminés relevaient de la liberté d'expression et du droit de réponse. Elle a qualifié la procédure de « procédure-bâillon », visant à entraver le travail créatif et journalistique, tandis que la partie adverse y voyait une « attaque préméditée » contre la vérité et la dignité de la plaignante.
Un feuilleton judiciaire qui s'ouvre
Cette première comparution marque le début d'un feuilleton judiciaire qui pourrait durer plusieurs mois. Au-delà du sort de Kamel Daoud, l'affaire interroge les limites de la fiction inspirée de faits réels et la protection des récits personnels face à la création littéraire. Le jugement, attendu dans les semaines à venir, sera scruté tant par le milieu littéraire que par les milieux diplomatiques, en raison des répercussions potentielles sur les relations franco-algériennes.