Kanya King, la créatrice des Music of Black Origin Awards (Mobo), récompenses consacrées à la musique noire britannique, est décédée à l'âge de 57 ans. La Mobo Organisation a annoncé sa mort, survenue mercredi des suites d'un cancer du côlon, après « un combat courageux et déterminé », entourée de sa famille et de ses proches.
Née le 12 février 1969 à Kilburn, dans le nord de Londres, d'un père ghanéen et d'une mère irlandaise, Kanya King a grandi dans un logement social exigu avec ses huit frères et sœurs. Très jeune, elle a été marquée par les discriminations subies par ses parents. Son père, dont l'accent africain prononcé lui fermait les portes de l'emploi, est mort d'une leucémie alors qu'elle n'avait que 13 ans. Cette expérience a nourri sa détermination à lutter contre les inégalités.
À 16 ans, elle donne naissance à un fils et quitte l'école. Sa conseillère d'orientation lui déclare alors que son avenir se résume à diriger un supermarché local, un souvenir qui, selon ses propres mots, a « mis le feu aux poudres » et renforcé son ambition. Elle parvient à étudier la littérature anglaise au Goldsmiths College de Londres, tout en enchaînant les petits boulots.
Des débuts difficiles
Travaillant comme assistante de recherche à la télévision, elle perçoit une lacune dans le paysage médiatique britannique : aucun événement ne célèbre les artistes noirs, souvent ignorés par les cérémonies traditionnelles comme les Brit Awards. « On me disait : "Tu as une rancune, pourquoi parles-tu toujours de race ?" », a-t-elle confié dans un entretien. Elle a alors hypothéqué sa maison pour financer la première édition des Mobo Awards, en 1996.
« Ma chambre était mon bureau, racontera-t-elle. Je répondais au téléphone en disant "Mobo Organisation". Les gens n'avaient pas besoin de savoir qu'il y avait des vêtements partout et que la pièce était en désordre ! » Le refus est devenu son quotidien. « Personne ne voulait prendre mes appels », a-t-elle expliqué. Elle finit par obtenir le soutien de quelques dirigeants noirs de l'industrie musicale, dont Keith Harris, ancien manager de Stevie Wonder.
Une reconnaissance mondiale
La première cérémonie télévisée, organisée à l'hôtel Connaught de Londres, a bénéficié de la présence inattendue de Tony Blair, alors candidat du Parti travailliste prêt à devenir Premier ministre. Lionel Richie et Tina Turner ont remis le premier prix d'excellence de l'histoire des Mobo. Kanya King a été décorée de l'Ordre de l'Empire britannique (MBE) en 1999 pour services rendus à la musique.
En trente ans, les Mobo Awards ont su mettre en lumière des genres musicaux aussi variés que le UK garage, le R&B, la soul, le reggae, le jazz, l'afrobeat, la musique africaine plus large, et ont été parmi les premiers à soutenir la grime avant son explosion grand public. Des artistes comme Stormzy, Dave et Olivia Dean y ont été consacrés ces dernières années.
« Ce que Kanya a créé n'a jamais été simplement une cérémonie de remise de prix, a déclaré la Mobo Organisation dans un communiqué. C'était un acte de justice culturelle. Mobo n'a pas seulement célébré la musique noire ; il l'a légitimée, amplifiée et a démontré sa puissance commerciale et créative à un monde qui avait trop souvent choisi de ne pas la voir. »
Un héritage durable
Kanya King considérait que la réussite ne dépendait pas toujours du niveau d'éducation ou de l'argent, mais surtout de l'état d'esprit. « Mon père avait un fort accent africain, il avait du mal à trouver un emploi, se souvenait-elle. Vous regardiez des films comme "Zulu" à Noël, et les images des Africains étaient celles de sauvages – tout le contraire de la réalité. Mon père était très élégant. »
« Voir des gens ne pas avoir la possibilité de réaliser leurs rêves, c'est ce qui me motive et me pousse », ajoutait-elle, résumant la philosophie qui a présidé à la création des Mobo. La cérémonie de cette année, qui s'est tenue à Manchester, marquait le trentième anniversaire de l'événement.