La sœur du dirigeant nord-coréen, Kim Yo-jong, a réaffirmé ce lundi que son pays ne renoncerait plus jamais à son statut de puissance nucléaire, à quelques heures de l'arrivée du président chinois Xi Jinping à Pyongyang. Dans un communiqué relayé par l'agence officielle Korean Central News Agency, elle a qualifié le statut nucléaire de la Corée du Nord de « ligne rouge absolument irréversible et réalité indéniable », ajoutant que cette situation s'impose « que quiconque le reconnaisse ou non ».

Cette déclaration intervient alors que le régime nord-coréen vient de dévoiler un nouveau site d'enrichissement d'uranium. Kim Jong-un a visité ce site le 3 juin, selon des images diffusées par la KCNA. La localisation de cette installation reste tenue secrète, mais elle témoigne de la volonté de Pyongyang d'accélérer la production de matières fissiles destinées à ses armes atomiques.

Une stratégie de reconnaissance internationale

L'annonce de ce nouveau site et les propos de Kim Yo-jong s'inscrivent dans une stratégie plus large : la Corée du Nord cherche désormais à se faire accepter par la communauté internationale comme une puissance nucléaire à part entière, au même titre que l'Inde ou le Pakistan. Ces deux pays ont développé leurs arsenaux en dehors du cadre officiel du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), tout en étant reconnus de facto par les grandes puissances.

Selon un ancien diplomate américain devenu analyste, Edgard Kagan, cité lors d'un séminaire, Pyongyang veut être traité « de la même manière que les États-Unis traitent l'Inde ou le Pakistan ». Cette approche marque un changement radical par rapport aux décennies précédentes, durant lesquelles le régime nord-coréen faisait mine d'envisager un abandon ou une pause de son programme nucléaire dans le cadre de négociations.

Le rôle de la Chine

La visite de Xi Jinping à Pyongyang, qui débute ce lundi, donne une dimension supplémentaire à ces déclarations. La Chine est le principal allié et soutien économique de la Corée du Nord. En confirmant son statut nucléaire juste avant l'arrivée du dirigeant chinois, Pyongyang envoie un signal fort à Pékin, mais aussi à Washington et à l'ensemble de la communauté internationale.

La Corée du Nord semble ainsi vouloir verrouiller sa position avant toute discussion diplomatique, rendant caduque l'idée d'une dénucléarisation, pourtant longtemps défendue par les États-Unis et leurs alliés. Les images du nouveau site d'enrichissement d'uranium, montrant des centrifugeuses en fonctionnement, confirment la montée en puissance de l'arsenal atomique nord-coréen.

Un arsenal en croissance exponentielle

Kim Jong-un avait déjà promis début juin un renforcement « exponentiel » de ses forces nucléaires. Le dévoilement de ce nouveau site d'enrichissement illustre cette accélération. Les experts estiment que la Corée du Nord dispose désormais de plusieurs dizaines d'ogives nucléaires, et sa capacité d'enrichissement d'uranium lui permet d'en produire de nouvelles à un rythme soutenu.

La position inflexible affichée par Kim Yo-jong, couplée à la démonstration de capacités techniques, réduit les marges de manœuvre diplomatiques. La communauté internationale, notamment les États-Unis et leurs partenaires asiatiques (Japon, Corée du Sud), devront prendre acte de cette nouvelle donne. La visite de Xi Jinping pourrait être l'occasion de clarifier la position de la Chine face à cette évolution, alors que Pékin prône officiellement une dénucléarisation de la péninsule coréenne.

En attendant, la Corée du Nord semble déterminée à imposer son statut de puissance nucléaire, quitte à braver les sanctions et les condamnations internationales.