Le Sénat a donné un nouveau tournant au débat sur les pesticides en adoptant un amendement au projet de loi d'urgence agricole. Ce texte, examiné en séance publique ces derniers jours, réautorise l'utilisation de l'acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, sur le territoire français. Cette substance, employée notamment dans les cultures de betteraves, avait été interdite en 2018 dans le cadre de la loi biodiversité, en raison de ses effets présumés sur les abeilles et autres pollinisateurs.
L'amendement, porté par une majorité de sénateurs, vise à répondre aux difficultés rencontrées par les agriculteurs face aux ravageurs des cultures, comme les pucerons. Selon les défenseurs de cette mesure, l'acétamipride constituerait une solution efficace pour protéger les rendements, en l'absence d'alternatives satisfaisantes. Le ministre de l'Agriculture, interrogé lors des débats, a soutenu cette initiative, estimant qu'elle s'inscrit dans une démarche pragmatique pour assurer la souveraineté alimentaire du pays.
Les opposants à ce retour des néonicotinoïdes dénoncent une régression environnementale. Des associations de protection de la nature et des syndicats agricoles critiques mettent en avant les risques pour la biodiversité et la santé humaine. Ils rappellent que l'acétamipride, bien que moins toxique que d'autres molécules de la même famille, demeure nocif pour les abeilles et pourrait contribuer au déclin des insectes pollinisateurs. Plusieurs sénateurs écologistes ont tenté de faire rejeter l'amendement, sans succès.
Ce vote intervient alors que le gouvernement français affiche par ailleurs des objectifs de réduction des pesticides, dans le cadre du plan Écophyto. La cohérence de cette décision avec les engagements européens est également questionnée. L'Union européenne a en effet classé les néonicotinoïdes comme substances particulièrement préoccupantes, et plusieurs pays membres en ont restreint l'usage. La France elle-même avait voté une interdiction en 2018, après une dérogation temporaire accordée aux betteraviers en 2021.
Le texte de loi d'urgence agricole doit encore être examiné par l'Assemblée nationale dans les prochaines semaines. Il est possible que les députés modifient ou suppriment cette disposition, ce qui ouvrirait la voie à une commission mixte paritaire chargée de trouver un compromis. En attendant, la réintroduction de l'acétamipride suscite un vif débat entre partisans d'une agriculture productive et défenseurs de l'environnement.