L'actrice irlandaise Brenda Fricker, oscarisée pour son second rôle dans le film « My Left Foot » et connue pour avoir incarné la dame aux pigeons dans « Maman, j'ai encore raté l'avion », est décédée à l'âge de 81 ans. L'information a été confirmée ces derniers jours par son agent, Phil Belfield, qui a salué la mémoire d'une artiste « que l'on ne reverra jamais ».

Née à Dublin, Brenda Fricker avait entamé sa carrière d'interprète à la télévision et au théâtre. Elle avait notamment participé au premier feuilleton irlandais, « Tolka Row », dans les années 1960, puis au soap opera britannique « Coronation Street » en 1977, et au téléfilm « Licking Hitler » écrit par David Hare en 1978. En 1986, elle intègre la distribution du tout premier épisode de la série médicale de la BBC « Casualty », où elle incarne l'infirmière Megan Roach jusqu'en 1990, avant de faire des apparitions régulières les années suivantes, jusqu'en 2010.

Première Irlandaise sacrée aux Oscars

C'est en 1990 que sa carrière connaît un tournant décisif. Brenda Fricker remporte l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour sa prestation dans « My Left Foot », réalisé par Jim Sheridan. Elle y joue la mère de Christy Brown, interprété par Daniel Day-Lewis, un homme atteint de paralysie cérébrale ne pouvant contrôler que son pied gauche. Ce rôle lui vaut d'entrer dans l'histoire du cinéma : elle devient la première actrice irlandaise à recevoir une statuette des Academy Awards, devançant des concurrentes telles que Julia Roberts et Anjelica Huston. Daniel Day-Lewis remporte également l'Oscar du meilleur acteur pour le même film.

Deux ans plus tard, en 1992, elle marque un autre public en prêtant ses traits à la mystérieuse dame aux pigeons de Central Park dans « Maman, j'ai encore raté l'avion » (« Home Alone 2 »), aux côtés de Macaulay Culkin. Son personnage, une sans-abri au grand cœur, est resté dans les mémoires.

Une carrière éclectique mais une Oscars jugée ambivalente

Au cinéma, elle enchaîne les projets : « So I Married an Axe Murderer » (1993), « Angels in the Outfield » (1994), « A Time to Kill » (1996) ou encore « Veronica Guerin » (2003). Toutefois, dans un entretien accordé en 2024, Brenda Fricker avait confié que la consécration aux Oscars avait eu un effet pervers sur sa carrière. « Ce qui s'est passé, c'est la malédiction des Oscars, comme on l'appelle », avait-elle déclaré. Selon elle, la reconnaissance l'avait cantonnée à certains types de rôles et l'avait privée d'autres propositions, notamment au théâtre. « Il y a beaucoup de choses qui ne sont pas géniales avec un Oscar. Et vous ne gagnez pas d'argent. Ils pourraient au moins vous donner quelques sous avec », avait-elle plaisanté.

Hommages des autorités irlandaises

La disparition de Brenda Fricker a suscité de nombreuses réactions en Irlande. Le Premier ministre Micheal Martin s'est dit « profondément attristé » par cette perte. Le vice-Premier ministre Simon Harris a qualifié l'actrice de « trésor national », saluant « une interprète accomplie qui a honoré nos écrans et nos scènes avec un talent et une authenticité remarquables ». Il a ajouté qu'elle incarnait « la chaleur et la dureté dans un même souffle » et qu'elle resterait « l'une des plus grandes ambassadrices du talent irlandais sur la scène mondiale ».

Son agent, Phil Belfield, a déclaré dans un communiqué : « Nous ne verrons jamais quelqu'un comme elle et le monde est plus pauvre sans sa présence. J'ai eu l'honneur de la connaître, de l'aimer et de travailler avec elle. Elle aura toujours une place dans mon cœur et dans celui d'innombrables fans de cinéma et de télévision à travers le monde. »

Brenda Fricker laisse derrière elle une filmographie riche et variée, marquée par une palette dramatique aussi large que son sourire. Son héritage demeure vivant à travers les œuvres qui ont fait vibrer des générations de spectateurs.