Le gouvernement fédéral américain a confié la supervision de son principal rapport sur l’évolution du climat à une personnalité ouvertement sceptique vis-à-vis du réchauffement planétaire d’origine humaine. Matthew M. Wielicki, ancien chercheur en géochimie à l’Université de l’Alabama, est désormais à la tête du programme de recherche sur les changements globaux des États-Unis (U.S. Global Change Research Program), l’entité qui coordonne l’élaboration du rapport national sur le climat (National Climate Assessment).

Ce document, exigé par le Congrès, dresse un état des lieux détaillé des impacts du réchauffement dans chaque région du pays. Collectivités locales, entreprises et planificateurs s’en servent pour anticiper les risques et adapter leurs stratégies. La dernière édition, publiée en 2023, concluait que le réchauffement d’origine humaine aggravait les incendies dans l’Ouest, les sécheresses dans les Grandes Plaines et les vagues de chaleur sur l’ensemble du territoire.

Un profil éloigné de la climatologie

Matthew M. Wielicki ne possède pas de formation académique en sciences du climat. Après avoir quitté l’Université de l’Alabama en 2023, il se présentait régulièrement comme un « professeur en exil ». Sur son podcast et dans des vidéos produites par la plateforme éducative conservatrice PragerU, il soutient que le discours scientifique dominant sur le changement climatique est exagéré et qu’il néglige les aspects bénéfiques d’un réchauffement de la planète. Il affirme également que les prévisions des climatologues sont trop alarmistes.

Sa nomination intervient alors que l’administration Trump avait déjà, au printemps précédent, écarté des centaines de scientifiques et d’experts qui travaillaient à la mise à jour du rapport. Le président Trump lui-même a qualifié le changement climatique de « canular », et son équipe a multiplié les mesures visant à démanteler les initiatives climatiques au sein de l’appareil fédéral.

Une volonté affichée de réorientation

Le directeur du budget de la Maison-Blanche, Russell T. Vought, s’est prononcé en faveur d’une refonte en profondeur du programme de recherche sur les changements globaux. Selon lui, les conclusions de ce programme ont été utilisées pour étayer des poursuites judiciaires environnementales qui limitaient la marge de manœuvre du gouvernement. Cette nomination s’inscrit donc dans une stratégie plus large de remise en cause des fondements scientifiques qui sous-tendent les politiques climatiques américaines.

La décision de placer un critique de la science du climat à la tête du processus d’évaluation suscite des interrogations sur la direction que prendra la prochaine édition du rapport. Les observateurs s’interrogent sur la manière dont les données existantes seront interprétées et présentées, alors que les conséquences du réchauffement se multiplient à travers le pays.

Un précédent dans l’histoire des nominations

Ce choix rappelle d’autres nominations controversées au sein de l’administration Trump, où des personnalités aux positions divergentes du consensus scientifique ont été placées à des postes clés. La nomination de Matthew M. Wielicki est perçue par certains comme une volonté de modifier le ton et le contenu du rapport national sur le climat, afin de minimiser l’urgence de la situation ou de mettre l’accent sur les incertitudes scientifiques.

Le programme de recherche sur les changements globaux est une structure interagences qui coordonne les travaux de treize départements et agences fédéraux. La prochaine édition du rapport national sur le climat, dont la publication est prévue dans les années à venir, sera élaborée sous sa direction, ce qui laisse planer le doute sur l’intégrité scientifique du processus.

Alors que les épisodes climatiques extrêmes se multiplient aux États-Unis, cette nomination ravive le débat sur la place des sceptiques du climat dans l’élaboration des politiques publiques.