Le gouvernement fédéral des États-Unis a procédé au premier dédommagement officiel des agents victimes du « syndrome de La Havane ». Le ministère de la Défense a confirmé avoir versé environ trois millions de dollars à des employés touchés par cette affection mystérieuse, qui a émergé il y a près d'une décennie dans la capitale cubaine.
Ces troubles, qualifiés par les autorités américaines d'« incidents anormaux de santé », se manifestent par des migraines violentes, des vertiges, des nausées, des acouphènes et des sensations de pression intracrânienne. Les premiers cas ont été signalés en 2016 par des diplomates en poste à La Havane. Depuis, des employés basés en Chine, en Allemagne, en Australie, en Russie, en Autriche et même à Washington ont rapporté des symptômes similaires.
Une compensation prévue par la loi HAVANA
Les paiements effectués s'inscrivent dans le cadre du HAVANA Act, une loi adoptée avec le soutien des deux partis en 2021. Ce texte autorise l'indemnisation médicale et financière des personnels fédéraux et de leurs familles ayant subi ces incidents. Le Pentagone a précisé que ces versements constituent la première application de la mesure et que la priorité demeure « le soin des agents affectés ».
Des causes toujours débattues
L'origine du syndrome reste l'objet de vives spéculations. Certains responsables américains ont évoqué le stress ou des expositions à des substances, tandis que d'autres ont soupçonné l'utilisation d'armes soniques par une puissance étrangère. Une évaluation conjointe des services de renseignement, publiée en janvier 2025, a jugé « très improbable » qu'un adversaire ait délibérément ciblé le personnel américain à l'aide d'une arme inconnue. Toutefois, une infime partie de la communauté du renseignement n'exclut pas totalement cette hypothèse. Le même rapport souligne que les agences ne remettent pas en cause « la réalité des souffrances » des victimes, qui ont fait état de symptômes « authentiques, parfois douloureux et traumatisants ».
Le témoignage d'une ancienne analyste
Parmi les personnes concernées, une ancienne analyste de la CIA, Erika Stith, avait confié en 2022 : « Mon cerveau est brisé. Nous avons contracté cette maladie en servant notre pays, et nous méritons d'être pris en charge. » Son cas illustre la détresse des agents qui décrivent des bruits de grincement, de cliquetis et de métal frotté, accompagnés de crises de panique.
Réactions et suite
Le ministère de la Défense n'a pas précisé le nombre exact de bénéficiaires ni le détail des montants individuels. La Maison-Blanche n'a pas commenté cette annonce. Les familles des victimes et des associations d'anciens agents réclament depuis des années une enquête indépendante et une prise en charge médicale à long terme. Le versement de ces indemnisations constitue une première reconnaissance officielle des préjudices subis, mais le mystère entourant l'origine du syndrome persiste.