Le gouvernement fédéral américain a ordonné le démantèlement d'un vaste réseau d'instruments sous-marins conçu pour surveiller l'état des océans et leurs liens avec le climat mondial. Ce système, déployé il y a une dizaine d'années, représente un investissement de 368 millions de dollars.

Un réseau de 900 instruments

Selon des responsables officiels, des navires doivent appareiller en juin pour commencer à récupérer plus de 900 appareils de mesure situés à des profondeurs abyssales. Ces équipements sont répartis au large des côtes de l'Oregon, de l'État de Washington, de l'Alaska, de la Caroline du Nord, ainsi que dans la mer d'Irminger, une zone située entre le Groenland et l'Islande. Les instruments, dont certains sont fixés au plancher océanique par 2 800 mètres de fond, sont régulièrement utilisés par la communauté scientifique internationale.

Justification de la NSF

La National Science Foundation (NSF), l'agence fédérale en charge de la recherche fondamentale, a officialisé cette décision. Michael England, porte-parole de l'institution, a expliqué que cette initiative « s'aligne sur la stratégie plus large de la NSF visant à adopter une approche plus agile dans la priorisation du soutien aux priorités scientifiques en évolution et aux technologies émergentes, ainsi qu'une gestion raisonnée du cycle de vie de son ensemble d'infrastructures de recherche ».

Impact sur la recherche climatique

Le réseau, connu sous le nom d'Ocean Observatories Initiative, fournissait des données permettant d'étudier comment l'océan absorbe les gaz à effet de serre provenant de l'atmosphère. Les chercheurs s'en servaient également pour analyser les variations de température marine, telles que les vagues de chaleur océaniques, qui peuvent affecter les pêcheries ou signaler des changements climatiques plus vastes. Les relevés aidaient aussi à prévoir les inondations côtières le long de la côte Est des États-Unis.

Le maillon clé de l'Atlantique Nord

La station située en mer d'Irminger jouait un rôle particulier. Elle était essentielle pour suivre l'évolution du courant de retournement méridional de l'Atlantique (AMOC), ce gigantesque tapis roulant d'eau qui régule les transferts de chaleur entre les tropiques et les hautes latitudes. Plusieurs scientifiques redoutent que ce courant ne s'affaiblisse sous l'effet du réchauffement climatique, ce qui pourrait provoquer des bouleversements météorologiques majeurs. Les ancrages de la mer d'Irminger s'inscrivaient dans un effort de collaboration internationale dédié à l'étude de ce phénomène.

La disparition de ce réseau de mesure privera la recherche d'une source continue d'observations en profondeur, alors que les enjeux liés à l'évolution du climat et des océans n'ont jamais été aussi pressants.