L'administration américaine s'apprête à autoriser la circulation des véhicules tout-terrain sur des millions d'hectares de forêts nationales, selon un projet de mémorandum préparé à l'intention de la secrétaire à l'Agriculture, Brooke Rollins. Le document, non daté, a été examiné par plusieurs médias.

Directives pour le Service des forêts

Le mémorandum enjoint au Service des forêts des États-Unis (U.S. Forest Service) de recenser, dans chaque forêt nationale, les « routes, sentiers, zones, pistes d'atterrissage et voies navigables » actuellement fermés qui pourraient être ouverts à l'accès récréatif tout au long de l'année. Cette mesure concernerait en priorité les terrains que l'agence a recommandés au Congrès pour une protection au titre de la Wilderness Act, et où les quads et motos tout-terrain sont aujourd'hui interdits. Ces seules zones représentent environ 2 millions d'hectares (5 millions d'acres), principalement situés dans l'Idaho et le Montana.

Un changement de cap sur la gestion des terres publiques

Cette initiative fait suite à la décision du président Donald Trump, le 29 mai dernier, d'abroger deux décrets exécutifs qui encadraient depuis des décennies l'usage des véhicules tout-terrain sur les terres fédérales, notamment dans les parcs nationaux. Le premier, signé par Richard Nixon en 1972, fixait des critères stricts pour limiter l'impact environnemental de ces engins. Le second, datant de 1977 sous Jimmy Carter, autorisait le gouvernement à interdire immédiatement la circulation motorisée en cas de dommages écologiques constatés.

Le projet de mémorandum s'inscrit dans une stratégie plus large de l'exécutif visant à promouvoir les activités récréatives et économiques sur les espaces publics au détriment de la conservation stricte. Dans les semaines à venir, le Service des forêts devrait proposer l'abrogation d'un règlement de l'ère Clinton qui empêche la construction de nouvelles routes sur près de 24 millions d'hectares (60 millions d'acres) de terres non développées. Par ailleurs, le Bureau of Land Management a proposé de supprimer une règle de l'ère Biden qui permettait de louer des terres publiques à des fins de conservation, et le U.S. Fish and Wildlife Service a suggéré d'ouvrir 95 % des refuges fauniques à la chasse et à la pêche.

Réactions contrastées

Un porte-parole du ministère de l'Agriculture, Michael Abboud, a déclaré que l'agence est « déterminée à garantir que les Américains puissent accéder de manière responsable à leurs terres publiques et en profiter, tout en maintenant une gestion rigoureuse des ressources naturelles ». Il a précisé que toute décision finale concernant la réglementation sur les routes forestières serait le résultat d'un processus incluant des évaluations environnementales et des commentaires du public.

Les défenseurs de l'environnement s'inquiètent des conséquences. Dan Hartinger, directeur principal des politiques au Wilderness Society, estime que les quads et motos tout-terrain pourraient gravement endommager les zones sauvages : « Ce sont parmi les espaces naturels les plus sauvages qu'il nous reste dans nos forêts. » Il craint que l'ouverture de ces zones à la circulation motorisée ne compromette leur protection future si elles sont irrémédiablement abîmées.

À l'inverse, les associations d'usagers de véhicules motorisés se réjouissent. Ben Burr, directeur exécutif de la Blue Ribbon Coalition, juge que la réglementation fédérale a entravé l'accès récréatif aux terres publiques depuis un demi-siècle. Il affirme que le Service des forêts a outrepassé le rôle du Congrès en traitant les zones recommandées pour la protection comme si elles étaient déjà protégées, et que leur ouverture permettrait à « plus de personnes de profiter de plus de terres publiques ».

Un processus en cours

Le mémorandum prévoit que le Service des forêts gère les zones recommandées pour la protection selon le principe d'« usage multiple », qui vise à équilibrer les activités commerciales, récréatives et de conservation. Il ordonne également de rétablir « l'accès aux usages et aux niveaux antérieurs à la recommandation comme zone sauvage » dans un délai de trente jours.

L'administration Trump justifie cette politique par la célébration du 250e anniversaire de l'indépendance américaine en 2026, estimant qu'il faut « mettre en lumière les plus grands trésors naturels de notre nation et garantir que chaque Américain puisse profiter de ces terres majestueuses », selon les termes du mémorandum.