L'Agence de sécurité nationale américaine (NSA) serait en train de se préparer à utiliser le modèle d'intelligence artificielle Mythos, développé par la start-up Anthropic, dans le cadre de ses opérations cybernétiques offensives. Selon des informations rapportées par des sources proches du dossier, environ six ingénieurs d'Anthropic auraient été déployés directement auprès de l'agence de renseignement pour l'aider à exploiter les capacités de ce système de cybersécurité de pointe.

Cette initiative intervient alors qu'une interdiction fédérale interdit officiellement l'utilisation des technologies d'Anthropic par le gouvernement américain. Cette interdiction fait suite à la décision du Pentagone de classer Anthropic comme un « risque pour la chaîne d'approvisionnement », en représailles au refus de l'entreprise de laisser le gouvernement employer ses modèles pour des opérations de surveillance de masse et des systèmes d'armes autonomes.

Un modèle d'IA très convoité mais controversé

Le modèle Mythos, présenté par Anthropic comme un outil de cybersécurité avancé, suscite un vif intérêt de la part des gouvernements du monde entier. L'entreprise elle-même a reconnu avoir dû en limiter l'accès, craignant que ses capacités ne soient détournées pour découvrir des failles de sécurité ou mener des cyberattaques. Ce paradoxe place le modèle au cœur d'une controverse : conçu pour protéger, il pourrait aussi servir à attaquer.

La NSA, chargée du renseignement d'origine électromagnétique, collecte des informations via des écoutes, des câbles sous-marins, des partenariats avec des entreprises et d'autres moyens clandestins. Elle est également responsable de la conduite d'attaques informatiques offensives contre des adversaires étrangers. L'arrivée d'ingénieurs d'Anthropic pourrait donc lui conférer un avantage technologique significatif dans ce domaine.

Un possible contournement de l'interdiction

Si les faits rapportés se confirment, ils suggéreraient un contournement de l'interdiction fédérale, décidée après la désignation d'Anthropic comme risque par le Département de la Défense. Cette désignation avait notamment été motivée par le refus de l'entreprise de permettre au gouvernement d'utiliser ses modèles pour la surveillance de masse et le développement d'armes autonomes. La collaboration entre la NSA et Anthropic pourrait donc être perçue comme une brèche dans cette position.

Contactée par des journalistes, une porte-parole de la NSA a refusé de confirmer ou d'infirmer les informations. Anthropic, de son côté, n'a pas répondu aux sollicitations. Ce silence entretient les interrogations sur la réalité de ce déploiement et sur l'étendue de la coopération entre le secteur privé de l'IA et les agences de renseignement américaines.

Implications géopolitiques et éthiques

Cette affaire soulève des questions majeures sur l'éthique de l'intelligence artificielle et sur l'équilibre entre sécurité nationale et libertés publiques. Alors que les gouvernements se précipitent pour obtenir un accès à Mythos, la frontière entre la cybersécurité défensive et l'offensive devient de plus en plus floue. Si la NSA parvient à utiliser cet outil pour ses opérations, cela pourrait créer un précédent et inciter d'autres États à développer ou acquérir des capacités similaires.

En parallèle, la position d'Anthropic, qui avait initialement limité l'accès à son modèle par crainte de ses usages offensifs, semble mise à l'épreuve. Le fait que l'entreprise accepte d'envoyer ses propres ingénieurs à la NSA interroge sur l'évolution de sa politique. Les analystes s'interrogent désormais sur les garanties que la société a pu obtenir pour empêcher que son IA ne soit utilisée au-delà des limites qu'elle s'était fixées.