Le très-long-courrier qui doit relier l'Australie à l'Europe sans escale a franchi une étape technique décisive. L'Airbus A350-1000ULR (Ultra Long Range), commandé par la compagnie aérienne Qantas pour son programme « Project Sunrise », a réalisé son vol inaugural depuis l'aéroport de Toulouse-Blagnac.
Ce premier test en conditions réelles confirme la capacité de l'appareil à effectuer des trajets de plus de vingt heures. L'avionneur européen et le transporteur australien tablent sur une entrée en service commercial en 2027, alors que la livraison était initialement prévue dès 2025. Le retard, évalué à deux ans, est imputé à des difficultés de production au sein des chaînes d'assemblage d'Airbus.
Un pari technologique pour des lignes directes
L'A350-1000ULR est une version modifiée de l'A350-1000 standard. Il bénéficie d'une capacité de carburant accrue et de modifications aérodynamiques lui permettant de franchir jusqu'à 19 700 kilomètres. L'objectif de Qantas est d'ouvrir des routes sans escale reliant Sydney ou Melbourne à des villes comme Londres, Paris ou New York, des liaisons actuellement impossibles avec les appareils existants.
Le « Project Sunrise », nom donné à ce réseau de vols ultra-long-courriers, vise à boucler la boucle des vols historiques de la compagnie, qui avait déjà relié l'Australie au Royaume-Uni à l'époque des hydravions. Pour Airbus, ce programme constitue un banc d'essai pour le marché des liaisons intercontinentales sans intermédiaire, segment où le constructeur concurrent Boeing peine à proposer une offre équivalente après l'arrêt du 747-8.
Le calendrier désormais fixé à 2027
Malgré le retard, Qantas a confirmé son engagement envers ce projet. La compagnie avait passé commande de douze exemplaires de l'A350-1000ULR en 2022, dans le cadre d'une commande plus large portant sur une quarantaine d'appareils de la famille A350. Le vol inaugural réussi permet aux équipes techniques de poursuivre les essais de certification, qui s'étaleront sur plusieurs mois.
Du côté d'Airbus, la priorité est de résoudre les goulets d'étranglement dans la production des ailes et des moteurs Rolls-Royce Trent XWB-97, qui équipent cette version. L'avionneur a indiqué que les premières livraisons interviendront au cours de l'année 2027, sans plus de précision sur le trimestre.
Un enjeu commercial et de prestige
Pour Qantas, la mise en service de ces appareils représente un atout concurrentiel majeur. Le transporteur australien, qui exploite déjà des Boeing 787 Dreamliner sur des vols longs, cherche à capter une clientèle d'affaires prête à payer un supplément pour des vols directs. Les projections internes estiment que les liaisons sans escale pourraient générer plusieurs centaines de millions de dollars de recettes supplémentaires par an.
Airbus, de son côté, espère que ce succès technique lui ouvrira d'autres marchés. Plusieurs compagnies asiatiques et du Golfe observent attentivement les performances de l'ULR, en vue de commandes futures. Le vol inaugural, bien que retardé, apporte une preuve de concept que l'avionneur pourra mettre en avant dans ses négociations commerciales.
Prochaines étapes
D'ici la mise en service, l'A350-1000ULR devra passer par une campagne d'essais intensifs, incluant des vols longue distance simulés avec charge maximale. Les autorités de certification, notamment l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA), valideront ensuite l'aptitude de l'appareil à effectuer des vols de plus de vingt heures. La formation des équipages et la mise en place de protocoles médicaux spécifiques pour les passagers sont également au programme.
Qantas prévoit de dévoiler le design intérieur de sa cabine « Sunrise » dans les prochains mois, avec des aménagements conçus pour le bien-être lors de vols très longs. La compagnie insiste sur l'importance de ces détails pour convaincre les voyageurs de l'intérêt d'un tel trajet sans escale.