Le gouvernement allemand a officiellement demandé à la Commission européenne de suspendre l'application des nouvelles normes sur le méthane, craignant qu'elles n'entraînent une pénurie d'approvisionnement en gaz. Cette requête fait suite à des pressions exercées par les États-Unis et le Qatar, qui avaient déjà averti que ces règles pourraient restreindre les importations et déséquilibrer le marché européen.
Des craintes partagées par les exportateurs
Washington et Doha avaient mis en garde Bruxelles ces dernières semaines : en imposant des plafonds stricts de méthane aux fournisseurs étrangers, l'Union européenne risquait de réduire drastiquement l'offre disponible. Les producteurs de gaz naturel liquéfié (GNL) américains et qataris estiment que les coûts de mise en conformité sont trop élevés pour être supportés à court terme, ce qui pourrait les contraindre à réorienter leurs cargaisons vers d'autres marchés, notamment asiatiques. Face à ce risque, Berlin a pris la tête d'une fronde diplomatique.
La position allemande
Dans un courrier adressé à la commissaire européenne à l'Énergie, le ministère allemand de l'Économie a plaidé pour un report de l'entrée en vigueur des mesures, jugées « prématurées » dans le contexte actuel de tensions sur les prix. L'Allemagne, qui a massivement investi dans les terminaux GNL après la rupture avec la Russie, craint que ces règles ne compromettent sa sécurité énergétique. Le gouvernement fédéral insiste sur la nécessité de maintenir des flux diversifiés et compétitifs.
Un enjeu politique transatlantique
La pression américaine s'inscrit dans un cadre plus large de négociations commerciales entre Washington et Bruxelles. Les États-Unis, devenus le premier fournisseur de GNL de l'Europe, estiment que la réglementation européenne cible indirectement leur industrie. Des responsables américains auraient fait savoir que des sanctions réciproques pourraient être envisagées si l'UE ne faisait pas de concessions. De son côté, le Qatar, autre grand exportateur, a déjà menacé de réduire ses livraisons si les contraintes devenaient trop lourdes.
Quelle issue pour les règles sur le méthane ?
Le règlement européen, adopté l'an dernier et dont l'application est prévue progressivement à partir de 2026, impose des obligations de détection et de réparation des fuites de méthane, ainsi que des limites aux torchères. Bruxelles le présente comme un outil essentiel pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Mais ses détracteurs arguent qu'il pénalise les producteurs les moins vertueux sans leur laisser le temps de s'adapter. La Commission européenne n'a pour l'instant pas répondu officiellement à la demande allemande, mais des sources diplomatiques indiquent qu'une évaluation d'impact est en cours.
Conséquences pour le marché gazier
Les analystes estiment qu'un gel des règles pourrait apaiser les craintes des investisseurs et stabiliser les contrats à long terme. En revanche, un maintien du calendrier actuel risquerait de renchérir le gaz importé, déjà à des niveaux historiquement élevés. La décision de Berlin intervient alors que les stocks européens sont remplis à plus de 90 %, mais que la prochaine saison de chauffage suscite des inquiétudes liées à une éventuelle vague de froid. L'issue de ce bras de fer entre les Vingt-Sept et leurs partenaires sera scrutée de près par les marchés de l'énergie.