L’Assemblée générale des Nations unies a procédé, le 3 juin 2025, à l’élection de deux nouveaux membres non permanents du Conseil de sécurité pour la période 2027-2028, représentant le groupe des États d’Europe occidentale et autres. Le scrutin a réservé une surprise de taille : pour la toute première fois de son histoire, l’Allemagne n’a pas obtenu les voix nécessaires pour siéger dans l’enceinte la plus influente de l’organisation.
Les deux sièges en lice ont été remportés dès le premier tour par le Portugal et l’Autriche. Lisbonne a recueilli 134 suffrages, Vienne 131, dépassant chacun le seuil des deux tiers des voix exprimées requis pour l’élection. L’Allemagne, de son côté, n’a rassemblé que 104 voix, insuffisantes pour décrocher une place. Ce résultat marque une rupture avec une tradition ininterrompue depuis 1970, année où la République fédérale d’Allemagne avait intégré l’ONU. Berlin avait jusqu’alors toujours été élu à chaque fois qu’il se présentait.
Un revers diplomatique pour Berlin
Cet échec intervient alors que l’Allemagne plaide depuis plusieurs années pour une réforme du Conseil de sécurité, réclamant un siège permanent pour l’Union européenne ou pour elle-même au nom de son poids économique et de son engagement multilatéral. Les diplomates allemands comptaient sur cette candidature pour renforcer leur légitimité dans les négociations sur la composition de l’organe. La défaite est perçue comme un camouflet d’autant plus cuisant que les deux élus, le Portugal et l’Autriche, sont des partenaires européens de taille comparable, mais disposant d’une influence moindre sur la scène internationale.
Les observateurs soulignent que ce scrutin reflète peut-être un mécontentement au sein de l’Assemblée générale vis-à-vis des positions allemandes sur certains dossiers, comme la guerre en Ukraine ou les relations avec la Chine. Toutefois, aucune explication officielle n’a été fournie par les États membres. Le gouvernement allemand n’a pas encore réagi publiquement, mais des sources diplomatiques citent une « défaite amère » parmi les responsables à Berlin.
Un Conseil de sécurité en recomposition
Le Conseil de sécurité compte cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) et dix membres non permanents élus pour deux ans par l’Assemblée générale, selon une répartition géographique. Les deux nouveaux élus remplaceront, à partir de janvier 2027, les deux membres européens sortants (dont les noms ne sont pas précisés dans les résultats communiqués). Avec cette élection, le groupe européen au Conseil comptera désormais l’Autriche et le Portugal aux côtés des membres permanents que sont la France et le Royaume-Uni.
Pour l’Allemagne, ce revers pourrait compliquer ses efforts diplomatiques à court terme, mais il n’entame pas sa candidature à un siège permanent en cas de réforme, toujours en débat sans consensus. Le pays reste l’un des principaux contributeurs au budget de l’ONU et aux opérations de maintien de la paix.
Un précédent rare pour une grande puissance
Il est exceptionnel qu’une puissance économique et politique majeure échoue à se faire élire au Conseil de sécurité. Les précédents notables incluent l’échec du Japon en 1978 ou celui de l’Italie face aux Pays-Bas en 1998. L’absence de l’Allemagne pour la première fois pourrait nourrir les discussions sur la représentativité et l’équité du système actuel d’élection des membres non permanents.
Le Portugal et l’Autriche siègeront donc pour la première fois ensemble au Conseil. Pour Lisbonne, cette élection confirme son retour sur la scène diplomatique active, tandis que Vienne renoue avec un rôle qu’elle n’avait plus occupé depuis 2013-2014.