Le Festival de Bayreuth, qui célèbre cette année son 150e anniversaire, a suscité une vive controverse après avoir annulé puis rétabli un événement commémoratif consacré à la mémoire de la Shoah. L’incident, révélé le 15 juin, a mis en lumière les tensions persistantes autour de l’antisémitisme du compositeur Richard Wagner et de l’héritage historique du festival, longtemps associé au régime nazi.

L’événement, intitulé « Verstummte Stimmen » (Voix silencieuses), devait se tenir le 26 juillet, avant la première de l’opéra « Rienzi ». Au programme figuraient des œuvres de Wagner, Gustav Mahler et du compositeur juif Pavel Haas, mort au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. La manifestation comprenait également une conférence de Michel Friedman, écrivain, journaliste et ancien vice-président du Conseil central des Juifs en Allemagne, invité à s’exprimer sur l’antisémitisme de Wagner et son héritage. Les recettes de l’événement devaient être reversées à des bourses pour musiciens israéliens.

Une annulation justifiée par des raisons de sécurité

La direction du festival a soudainement annulé cette conférence en invoquant des problèmes de sécurité. Le directeur général par intérim, Heinz-Dieter Sense, a expliqué que les services de sécurité ne pouvaient pas assurer deux opérations de haute sécurité le même jour sur le site du festival, en raison du court laps de temps entre l’événement matinal et la représentation de « Rienzi » prévue à 16 heures. Il a également évoqué le contexte mondial actuel, sans plus de précisions.

Un tollé général et un rétablissement sous pression

Cette décision a provoqué un tollé dans l’opinion publique et les milieux culturels. Face aux critiques, les organisateurs sont revenus sur leur position et ont rétabli l’événement. Michel Friedman, qui avait été écarté, a finalement été réinvité. Le programme de l’événement vise à confronter le festival à son propre passé, alors que Richard Wagner était un compositeur très admiré par Adolf Hitler et que ses écrits antisémites restent une source de controverses.

Le Festival de Bayreuth, créé par Wagner lui-même, a été instrumentalisé par le régime nazi qui en a fait un symbole de sa propagande. La question de l’antisémitisme du compositeur et de la manière dont le festival traite cet héritage refait régulièrement surface. Cet épisode illustre les difficultés de l’institution à concilier la célébration de son répertoire avec la nécessité de rendre compte des zones d’ombre de son histoire.