L’émotion suscitée par la mort d’Agostina, une adolescente de 14 ans dont le corps a été retrouvé dans la province de Córdoba, a provoqué une vague de mobilisation d’ampleur nationale en Argentine. À l’appel du mouvement féministe Ni Una Menos, des milliers de personnes ont manifesté dans plusieurs villes du pays pour exiger des mesures concrètes contre les violences faites aux femmes.

Le meurtre de la jeune fille a, selon les organisateurs, ravivé une colère longtemps contenue. Le principal suspect a été inculpé pour féminicide, une qualification pénale qui reflète la spécificité des crimes commis en raison du genre de la victime. Les participantes et participants aux rassemblements ont dénoncé un contexte où, d’après les chiffres cités par les associations, un féminicide survient toutes les 36 heures en moyenne sur le territoire argentin.

Un contexte politique tendu

Au-delà de l’émotion immédiate, le mouvement a pris une dimension politique affirmée. Les manifestants ont critiqué le recul des politiques publiques de lutte contre les violences sexistes, qu’ils attribuent à l’administration du président Javier Milei. Depuis son arrivée au pouvoir, plusieurs programmes de prévention et d’accompagnement des victimes ont vu leurs budgets réduits ou ont été démantelés, dénoncent les organisations féministes. Cette situation a, selon elles, contribué à un climat d’impunité et de fragilisation des dispositifs de protection.

Les slogans entendus dans les cortèges appelaient à une « réponse d’État » immédiate et à la mise en œuvre effective de la loi sur la violence de genre, votée en 2009 mais jugée insuffisamment appliquée. Les manifestants portaient des pancartes au nom d’Agostina, transformée en symbole de la lutte contre les féminicides.

Une mobilisation dans tout le pays

Les rassemblements, qui se sont déroulés principalement dans la capitale Buenos Aires ainsi qu’à Córdoba, Rosario et Mendoza, ont rassemblé des foules estimées à plusieurs dizaines de milliers de personnes par les organisateurs. Des témoignages de proches de victimes, d’activistes et de simples citoyens ont scandé le nom de la jeune fille, mêlé à celui de centaines d’autres femmes assassinées ces dernières années.

Le collectif Ni Una Menos, né en 2015, a rappelé que cette mobilisation s’inscrit dans un cycle de protestations récurrentes, chaque nouveau féminicide relançant l’indignation populaire. Les participantes ont également souligné la nécessité de maintenir la pression sur les autorités pour obtenir des avancées législatives et budgétaires.

Des réactions officielles attendues

Jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas répondu de manière substantielle aux revendications des manifestants. Aucune déclaration officielle du président Milei n’a été diffusée à la suite de la mort d’Agostina, ce que les associations ont interprété comme un silence assourdissant. Plusieurs élus de l’opposition ont en revanche pris la parole pour exprimer leur soutien aux familles endeuillées et réclamer une session parlementaire extraordinaire consacrée aux violences de genre.

L’affaire Agostina pourrait ainsi devenir un nouveau point de bascule dans le débat public argentin. Le meurtre d’une adolescente dans des circonstances encore en cours d’investigation a mis en lumière les failles du système judiciaire et social, alors que le pays traverse une crise économique et politique profonde. Les prochains jours diront si cette mobilisation massive sera suivie d’effets concrets de la part des pouvoirs publics.