Un aveu officiel a provoqué une onde de choc dans les cercles de la défense internationale. Alexander Kokhanovskyy, fabricant de drones ukrainien, a déclaré, lors d'une conférence de presse organisée par l'ambassade d'Ukraine, que dix quadricoptères entièrement autonomes, surnommés « Terminator », ont été testés sur la ligne de front il y a deux ans. Ces appareils, programmés pour évoluer entre 3 et 5 kilomètres en territoire contesté, ont cherché et visé leurs cibles sans aucun contact avec un opérateur humain et sans retransmission vidéo en temps réel.
Le bilan, confirmé après l'essai par des drones pilotés par des humains, fait état de plusieurs soldats russes tués et d'un camion détruit. « On le lance et on sait que tout sera anéanti, tout ce qui se trouvera dans cette zone sera détruit », a résumé Kokhanovskyy. Cette annonce marque la première confirmation officielle de décès causés par des drones totalement autonomes, et constitue un basculement historique dans les conflits modernes.
Une distinction clé avec les systèmes existants
L'intelligence artificielle est déjà largement intégrée dans les armées modernes, que ce soit pour analyser des données de renseignement, optimiser la sélection de cibles ou automatiser la navigation. Les États-Unis disposent par exemple d'un logiciel capable de sélectionner des cibles sur le champ de bataille, mais qui requiert en principe une validation humaine avant toute frappe. La différence fondamentale avec l'essai ukrainien réside dans cette étape ultime : l'absence totale d'intervention humaine au moment de l'engagement.
En Ukraine, la réglementation actuelle interdit l'automatisation de la phase finale d'interception. Le commandant Danylo Polozhukhno, du 21e régiment de systèmes sans pilote, avait rappelé dans un entretien : « Nous n'utilisons pas de systèmes de drones entièrement autonomes qui sélectionnent et engagent des cibles indépendamment de toute intervention humaine. » L'essai décrit par Kokhanovskyy constituerait donc une exception, aujourd'hui suspendue.
Industrialisation rapide et questions éthiques
Au-delà des drones, le phénomène d'autonomisation du champ de bataille s'accélère. La start-up américaine Foundation a envoyé en Ukraine deux robots humanoïdes Phantom MK-1, avec l'ambition déclarée d'en faire de véritables soldats. Bien que les détails opérationnels restent confidentiels, leur déploiement expérimental illustre l'appétit croissant de l'industrie de défense pour des systèmes capables de remplacer le soldat humain dans les zones dangereuses.
Cette évolution soulève un vide juridique préoccupant. Les systèmes d'armes autonomes létaux (SALA) ne font l'objet d'aucun traité international contraignant, et leur emploi pose des questions éthiques majeures : comment garantir le respect du droit humanitaire ? Qui est responsable en cas d'erreur ? La communauté internationale se trouve désormais face à une réalité qui dépasse les cadres existants, tandis que la technologie progresse plus vite que les normes.