L’artiste américain Robert Wyland, qui a légalement simplifié son nom en « Wyland », a engagé une action en justice contre la Fédération internationale de football association (Fifa) à la suite de l’effacement d’une de ses œuvres murales à Dallas, dans le cadre des préparatifs de la Coupe du monde 2026. La plainte, rendue publique début juin, réclame 25 millions de dollars de dommages et intérêts.
L’œuvre incriminée faisait partie de la série des « Whaling Walls », des fresques monumentales représentant des cétacés et la vie marine, que l’artiste a réalisées dans plusieurs villes américaines et à l’étranger depuis les années 1980. Celle de Dallas ornait un immeuble du quartier d’affaires depuis près de trente ans, avant que des ouvriers ne la recouvrent entièrement de peinture au mois de mai, à l’occasion d’une opération promotionnelle du Mondial.
Un artiste qui ne s’attendait pas à une telle surprise
Wyland, âgé de 69 ans, travaillait dans son atelier des Keys de Floride lorsqu’un assistant l’a informé de la destruction de la fresque. Dans une déclaration, l’artiste a exprimé sa stupéfaction et son indignation. « Ils se sont attaqués au mauvais artiste », a-t-il lancé, estimant que la Fifa aurait dû le contacter avant de procéder à l’effacement d’une œuvre aussi emblématique.
La fresque représentait des baleines nageant dans un océan turquoise, un sujet qui a fait la renommée de Wyland. Ce dernier considère ses « Whaling Walls » comme un héritage culturel et écologique, destiné à sensibiliser le public à la protection des océans. Leur dégradation, selon lui, porte atteinte à son travail artistique et à son message.
Les arguments juridiques du plaignant
La plainte déposée devant un tribunal fédéral du Texas s’appuie sur la loi américaine de protection des droits des artistes (Visual Artists Rights Act, VARA). Cette législation fédérale accorde aux auteurs d’œuvres d’art visuel un droit moral, notamment le droit à l’intégrité de l’œuvre. Wyland affirme que le recouvrement de sa fresque constitue une violation de ce droit, car il s’agit d’une altération délibérée et non autorisée.
L’artiste reproche à la Fifa d’avoir agi sans son consentement et sans avoir cherché un accord préalable. Il souligne que la valeur de son travail dépasse largement les 25 millions de dollars réclamés, une somme qui inclut à la fois le préjudice matériel et le préjudice moral subi.
La position de la Fifa
L’instance dirigeante du football mondial n’a pas encore répondu publiquement aux accusations. La Fifa organisera la Coupe du monde 2026 conjointement avec les États-Unis, le Canada et le Mexique. Le stade AT&T d’Arlington, dans la banlieue de Dallas, doit accueillir plusieurs matchs du tournoi.
La promotion de l’événement a entraîné la transformation de nombreux espaces publics dans les villes hôtes. Le recouvrement de la fresque de Wyland semble s’inscrire dans cette campagne de communication, dont les modalités précises n’ont pas été détaillées par l’organisation.
Un précédent juridique notable
Cette affaire rappelle d’autres litiges où des artistes ont invoqué la VARA pour défendre leurs œuvres monumentales. La loi, adoptée en 1990, a été utilisée à plusieurs reprises pour contester la destruction ou la dégradation d’œuvres d’art public. Le cas de Wyland pourrait créer un précédent important, car il implique une organisation internationale et une œuvre réalisée sur un bâtiment privé, sans contrat écrit avec le propriétaire.
L’artiste, qui a passé des décennies à créer des fresques dans des dizaines de villes, a promis de poursuivre son combat juridique. « Je ne vais pas les laisser s’en tirer comme ça », a-t-il prévenu. La procédure pourrait durer plusieurs mois, voire des années, avant qu’une décision ne soit rendue.