L’Église d’Angleterre a officiellement présenté ses excuses, jeudi, pour sa participation au système d’adoptions forcées qui a touché des dizaines de milliers de femmes et de filles célibataires en Angleterre et au pays de Galles entre les années 1950 et 1980. L’archevêque de Canterbury, Sarah Mullally, a déclaré que l’institution éprouvait une « honte profonde » face à ces pratiques et a affirmé que « la honte, c’est la nôtre ».

Des excuses après des années de mobilisation

Cette déclaration fait suite à deux années de recherches menées par l’Église dans ses archives et autres documents. Les travaux ont notamment mis au jour des témoignages de mères biologiques et d’enfants adoptés, ainsi que des documents internes des années 1970 qui décrivaient les foyers d’accueil comme des lieux « d’où les agences d’adoption tirent leur matière première ». Selon le rapport, certaines mères y étaient qualifiées de « stupides, irresponsables et inadéquates ».

L’Église a reconnu que les conditions de vie dans ces établissements « n’ont pas toujours répondu à des normes acceptables ». Les femmes enceintes y étaient souvent astreintes à des tâches ménagères ou manuelles, présentées comme une forme de punition.

Des pratiques ancrées dans une culture de la honte

Entre 1949 et 1976, l’Église d’Angleterre a géré ou supervisé environ 200 foyers pour mères célibataires, destinés à cacher ces grossesses hors mariage. Selon les recherches publiées jeudi, environ 185 000 bébés ont été retirés à leur mère et placés en adoption dans un contexte de stigmatisation et d’hostilité envers les grossesses hors mariage.

« La douleur, la honte et l’indignité que vous avez subies alors et que vous continuez à subir aujourd’hui sont injustifiables », a déclaré Sarah Mullally. « Aujourd’hui, nous vous disons : la honte que l’on vous a fait ressentir était injuste. Vous n’avez aucune raison d’avoir honte. »

Des réactions partagées

L’association Adult Adoptee Movement, qui représente les personnes ayant été retirées de force à leur mère, a estimé que ces excuses ne constituaient pas « des excuses significatives ». Le groupe a déploré l’absence de « reconnaissance des préjudices spécifiques ».

Le gouvernement britannique a également annoncé qu’il présenterait « très bientôt » des excuses officielles, par la voix de la secrétaire d’État à l’Éducation, Bridget Phillipson. Le Premier ministre devrait s’exprimer ultérieurement sur cette « période honteuse de notre histoire ».

Un précédent historique

Cette démarche intervient après que les gouvernements écossais et gallois ont présenté des excuses aux victimes en 2023. L’Église catholique avait également présenté des excuses en 2016 pour son rôle dans ces pratiques.

L’archevêque a exprimé son regret que ces excuses arrivent trop tard pour certaines mères biologiques décédées entre-temps. L’Église d’Angleterre a annoncé la mise en place de services de soutien au niveau des paroisses pour les personnes concernées, ainsi que la mise à disposition de ressources documentaires en ligne.