Des critiques venues des Émirats
Alors que les États-Unis, Israël et l'Iran sont engagés dans un conflit armé depuis plusieurs mois, l'Égypte s'efforce de préserver une position d'équilibriste, suscitant le mécontentement de ses partenaires du Golfe. Des déclarations officielles émiraties, notamment du conseiller diplomatique Anwar Gargash, ont été interprétées comme un reproche direct adressé au Caire. « Les États arabes du Golfe ont été un soutien et un partenaire pour tous en période de prospérité… alors où êtes-vous aujourd'hui en cette période d'épreuve ? », a écrit Gargash sur le réseau social X. Selon Timothy E. Kaldas, directeur adjoint du Tahrir Institute for Middle East Policy à Washington, « des déclarations peu subtiles en provenance des Émirats arabes unis laissent transparaître frustration et colère envers l'Égypte ».
Un conflit perçu comme une menace intérieure
Pour le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi, le conflit représente avant tout un danger pour la stabilité domestique. Michelle Pace, analyste du Moyen-Orient et chercheuse invitée à l'Université d'Oxford, explique que « l'objectif principal de l'Égypte est de rester en dehors de la guerre en Iran tout en contenant ses retombées économiques et sécuritaires ». Le Caire a officiellement condamné les attaques iraniennes contre les États du Golfe et apporté un soutien militaire limité. Parallèlement, il s'est positionné en médiateur entre Téhéran et Washington, aux côtés du Pakistan, de la Turquie et du Qatar. El-Sissi s'est également rendu aux Émirats arabes unis en mai.
L'économie sous pression
L'impact économique du conflit se fait lourdement sentir sur l'Égypte, pays le plus peuplé du monde arabe avec environ 120 millions d'habitants. La reprise, encore fragile après la pandémie de Covid-19 et les conséquences des guerres en Ukraine et à Gaza, est mise à mal. Les attaques des Houthis, alliés de l'Iran, contre les navires en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb ont fortement réduit le trafic dans le canal de Suez. Une analyse récente de l'International Crisis Group indique que les recettes du canal ont chuté de 38 % au premier trimestre 2026. Le tourisme, autre pilier de l'économie égyptienne, a également souffert du contexte régional.
Le difficile rééquilibrage financier
Malgré ces difficultés, le ministre égyptien du Pétrole et des Ressources minérales, Karim Badawi, a annoncé que les arriérés dus aux partenaires du secteur pétrolier et gazier, qui s'élevaient à environ 6,1 milliards de dollars en juin 2024, ont été ramenés à zéro en juin 2026. Cette amélioration a été rendue possible grâce aux investissements des pays du Golfe. L'Arabie saoudite et le Koweït ont respectivement déposé 5,3 milliards et 4 milliards de dollars auprès de la banque centrale égyptienne. L'Égypte était par ailleurs sur le point de rétablir ses relations diplomatiques avec l'Iran au début de l'année 2026, avant l'éclatement du conflit.
Un équilibre précaire
La stratégie égyptienne consiste donc à ménager ses alliés du Golfe tout en évitant une escalade qui mettrait en péril ses fragiles équilibres économiques et sécuritaires. Le Caire, signataire des accords de Camp David avec Israël depuis 1979 et allié proche des États-Unis, se trouve pris entre des exigences contradictoires. Les prochains mois diront si cette approche permettra à l'Égypte de traverser la crise sans dommage supplémentaire.