Depuis début juin, tous les magasins IKEA situés en Allemagne observent un rituel hebdomadaire. Chaque mercredi, de 17 heures à 19 heures, les lumières sont baissées, la musique d'ambiance cesse et les annonces par haut-parleur sont suspendues, à l'exception des consignes de sécurité. Les clients et le personnel profitent ainsi d'une atmosphère moins stimulante pour les sens. Cette initiative, baptisée « Heure de silence », vise à faciliter l'accès aux personnes souffrant de troubles sensoriels.
À l'origine de cette opération en Allemagne se trouve l'association Gemeinsam Zusammen. Sa porte-parole, Rebecca Lefevre, indique que l'objectif est d'apporter un soulagement aux individus dont le système nerveux est régulièrement submergé par les sollicitations extérieures. Nombre d'entre eux vivent avec des handicaps invisibles tels que l'autisme, le trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), la fatigue chronique, des douleurs persistantes ou des troubles psychologiques. Le simple fait de sortir de chez soi peut devenir une épreuve, conduisant à l'isolement social.
Le concept n'est pas né en Allemagne. Le Néo-Zélandais Theo Hogg, parent d'un enfant autiste et employé d'une chaîne de supermarchés, a convaincu son employeur d'introduire une « heure calme » dans tous les magasins du pays dès 2019. Depuis, plusieurs nations ont emboîté le pas. L'antenne allemande de l'initiative existe depuis 2023. Pour Rebecca Lefevre, la sensibilisation du grand public constitue un enjeu central, car les personnes concernées peinent souvent à expliquer leur inconfort et sont parfois accusées de simuler.
Parmi les établissements participants, de nombreuses enseignes de la grande distribution, comme EDEKA et REWE, ont adopté la formule. Rudolf Schmidt, gérant d'un supermarché REWE à Diez, a été l'un des premiers à soutenir la démarche. Son magasin applique l'Heure de silence tous les mercredis de 15 heures à 16 heures. Les employés réduisent l'éclairage, coupent le signal sonore des caisses enregistreuses et reportent le réapprovisionnement des rayons. Il arrive que des clients téléphonent bruyamment ; le personnel les invite alors poliment à mettre fin à leur appel. Selon Rudolf Schmidt, les visiteurs qui viennent exprès pour ce créneau témoignent leur gratitude. Quelques clients manifestent parfois leur incompréhension, mais ils se montrent généralement réceptifs après une brève explication.
L'Heure de silence ne se limite pas aux commerces. Des cinémas, des piscines, des salles de bowling participent également. Rebecca Lefevre évoque même l'ajout prochain d'un parc de trampolines couvert, pourtant réputé pour sa forte stimulation sensorielle. L'objectif, affirme-t-elle, est d'expérimenter et d'étendre la pratique. Le musée municipal de Münster (Stadtmuseum Münster) s'est joint à l'initiative en février. Un mardi par mois, de 16 heures à 18 heures, les visiteurs peuvent emprunter un parcours dédié à l'aide d'une application ou d'une brochure. Pendant cette plage horaire, le musée interrompt ses visites guidées et met à disposition un espace de calme ainsi que des cartes de communication pour faciliter les échanges.
Cette tendance illustre une prise de conscience croissante des besoins des personnes hypersensibles. Les barrières invisibles, qu'elles soient liées au bruit, à la lumière ou aux odeurs, peuvent rendre la vie quotidienne difficile. Les promoteurs de l'Heure de silence espèrent que davantage d'établissements adopteront ces aménagements temporaires, permettant à chacun de profiter des services courants sans souffrir.