Une alerte internationale sans précédent

L'essor fulgurant de l'intelligence artificielle (IA) fait peser une menace directe sur « les ressources naturelles de milliards de personnes », avertit l'Organisation des Nations unies (ONU) dans un rapport publié ce jeudi. L'institution internationale pointe l'explosion de l'empreinte énergétique et environnementale des centres de données, ces immenses infrastructures numériques dont la soif d'électricité et d'eau atteint des niveaux critiques.

Selon les estimations du cabinet d'études Gartner, citées par des analystes du secteur, la consommation électrique mondiale des data centers devrait atteindre 447 térawattheures (TWh) en 2025, puis 565 TWh dès 2026 — soit une progression de 26 % en un an seulement. À l'horizon 2030, cette demande pourrait dépasser les 1 200 TWh par an. En parallèle, la puissance électrique nécessaire pour faire fonctionner ces installations devrait grimper de 104 gigawatts (GW) en 2024 à 132 GW cette année, avant de culminer à 290 GW d'ici la fin de la décennie.

L'IA, moteur principal de la croissance

Au cœur de cette envolée se trouvent les serveurs spécialement conçus pour les charges de travail liées à l'intelligence artificielle. Gartner estime qu'ils représenteront 31 % de la consommation énergétique totale des data centers dès 2025. Leur impact devrait encore s'accélérer : la consommation électrique de ces équipements passerait de 95 TWh en 2025 à 175 TWh en 2026, puis à 258 TWh en 2027. Selon le cabinet, les serveurs dédiés à l'IA devraient dépasser les infrastructures traditionnelles en matière de consommation énergétique d'ici quelques années.

Cette dynamique transforme l'accès à l'énergie en un enjeu stratégique central dans la course mondiale à l'IA. Les nouveaux besoins en électricité et en eau pour le refroidissement des installations suscitent des tensions croissantes, notamment dans les régions déjà confrontées à des stress hydriques ou à des réseaux électriques sous pression, où les data centers entrent en concurrence directe avec les populations locales.

Des conséquences environnementales et sociales

Le rapport onusien souligne que ces infrastructures, indispensables au fonctionnement des modèles d'IA générative, consomment des ressources à un rythme insoutenable. L'extraction des matières premières nécessaires à leur construction, l'émission de gaz à effet de serre liée à leur alimentation électrique, et surtout leur prélèvement massif d'eau douce pour le refroidissement sont pointés du doigt. L'ONU met en garde contre le risque de voir « les ressources naturelles de milliards de personnes » compromises par cette course technologique non régulée.

L'alerte intervient alors que plusieurs pays, dont l'Irlande, ont déjà imposé des restrictions aux géants de la tech, les contraignant à apporter leur propre source d'énergie pour construire de nouveaux data centers, le réseau national étant saturé. Des voix s'élèvent également aux États-Unis et en Europe pour réclamer une meilleure transparence sur l'empreinte écologique réelle des entreprises du secteur et l'instauration de normes environnementales plus strictes.

Un appel à une régulation mondiale

Face à cette situation, l'ONU appelle les gouvernements et les acteurs de l'industrie à agir de toute urgence. L'organisation recommande de développer des infrastructures plus sobres, d'optimiser l'efficacité énergétique des serveurs, de recourir davantage aux énergies renouvelables, et de mettre en place une gouvernance internationale encadrant l'impact environnemental de l'IA. L'objectif est de concilier innovation technologique et préservation des ressources planétaires, alors que l'empreinte du numérique ne cesse de s'alourdir.