La Commission européenne a entrepris ces derniers mois une révision de sa liste de produits chimiques dits « critiques », censés être essentiels à l'économie de l'Union. Ce processus, lancé en janvier, se déroule selon un calendrier serré et sous l'influence directe de l'industrie chimique, sans prise en compte des enjeux de santé publique ni de protection de l'environnement, selon plusieurs organisations non gouvernementales.

Les produits et sites concernés sont ceux que Bruxelles juge indispensables à la souveraineté économique et à la sécurité d'approvisionnement. Mais la méthodologie employée et la rapidité imposée aux discussions suscitent des critiques. Les ONG dénoncent un manque de transparence et une participation quasi exclusive des acteurs industriels aux consultations, au détriment des associations de défense des consommateurs ou des experts en santé environnementale.

Une procédure jugée opaque

D'après les informations disponibles, les travaux préparatoires ont été confiés à des groupes de travail où les représentants de la chimie sont majoritaires. Les décisions sur ce qui doit être qualifié de « critique » ou non semblent ainsi refléter les intérêts commerciaux plutôt qu'une évaluation objective des risques et des besoins. Aucune évaluation d'impact sur la santé ou l'environnement n'a été rendue publique, ce qui alimente les inquiétudes.

Les ONG demandent que la révision prenne en compte les alternatives moins dangereuses, la toxicité des substances et leur impact sur le long terme. Elles soulignent que la notion de criticité ne devrait pas reposer uniquement sur des considérations économiques, mais aussi sur des critères de durabilité et de protection de la santé.

Des enjeux sanitaires ignorés

L'industrie chimique, de son côté, plaide pour maintenir un accès facilité à des molécules dont elle assure qu'elles sont indispensables à la production européenne et à la transition énergétique. Les porte-parole du secteur ont fait valoir que sans ces substances, des pans entiers de l'économie seraient menacés.

Cependant, les critiques estiment que cette approche fait la part belle aux intérêts privés et pourrait compromettre les objectifs européens en matière de réduction des polluants et de santé publique. Plusieurs substances figurant déjà sur des listes de préoccupation — perturbateurs endocriniens, cancérogènes probables — pourraient ainsi obtenir un statut prioritaire qui les protégerait de futures restrictions réglementaires.

Vers une contestation accrue

Face à ce qui est perçu comme un détournement de procédure, des associations de défense de l'environnement et de consommateurs préparent des recours et des campagnes de sensibilisation. Elles entendent interpeller les eurodéputés et les autorités nationales pour réclamer davantage de transparence et l'intégration des critères sanitaires dans la définition des produits critiques.

Le calendrier fixé par la Commission prévoit une adoption rapide de la nouvelle liste, ce qui laisse peu de place au débat public. Le bras de fer entre impératifs industriels et exigences sanitaires pourrait s'intensifier dans les semaines à venir.