L'Irlande a officialisé l'interdiction de séjour sur son territoire pour deux figures du gouvernement israélien : le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir et le ministre des Finances Bezalel Smotrich. La décision a été confirmée ce vendredi par le Premier ministre irlandais, Micheál Martin, en marge d'un sommet UE-Balkans occidentaux au Monténégro.

Selon les informations relayées par les autorités irlandaises, le ministre de la Justice, Jim O'Callaghan, a donné instruction aux services d'immigration de refuser l'entrée dans l'État irlandais aux deux responsables israéliens au cas où ils tenteraient de s'y rendre. Cette mesure a été adoptée cette semaine par le gouvernement irlandais, en dehors d'une réunion formelle du cabinet.

Des propos jugés extrémistes

Le chef du gouvernement irlandais a justifié cette décision en déclarant que les actions et les déclarations des deux ministres israéliens « reviennent à un désir de voir l'élimination des Palestiniens de Palestine ». Il a estimé que leur comportement justifiait également des sanctions à l'échelle européenne. « C'est quelque chose que la communauté internationale doit prendre en compte, et nous allons le poursuivre avec d'autres partenaires », a ajouté Micheál Martin, cité par le média irlandais RTÉ. Il a toutefois reconnu qu'obtenir un soutien suffisant au sein de l'Union européenne pourrait s'avérer complexe.

Pour mémoire, la France, l'Espagne et l'Italie ont déjà appelé l'UE à sanctionner Itamar Ben-Gvir. La France avait annoncé le mois dernier l'avoir interdit d'entrée sur son territoire après la diffusion d'une vidéo le montrant en train de se moquer d'activistes ligotés, capturés par des soldats israéliens lors d'une flottille d'aide humanitaire à destination de Gaza. Cet incident avait suscité l'indignation de plusieurs pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l'Italie et le Canada. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lui-même avait critiqué cette action, estimant qu'elle n'était « pas conforme aux valeurs d'Israël ».

Des sanctions déjà en place ailleurs

Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich ne sont pas des inconnus pour les chancelleries occidentales. L'année dernière, le Royaume-Uni, l'Australie, la Norvège, le Canada et la Nouvelle-Zélande leur avaient imposé des sanctions pour « incitations répétées à la violence contre les communautés palestiniennes ». Ces mesures comprenaient une interdiction d'entrer au Royaume-Uni et le gel de leurs éventuels avoirs. Il s'agissait alors de la première fois que des ministres israéliens étaient sanctionnés par des gouvernements occidentaux. La Slovénie et l'Espagne ont également pris des mesures similaires par le passé.

L'ancien secrétaire d'État britannique aux Affaires étrangères, David Lammy, avait justifié ces sanctions en accusant les deux ministres d'avoir « incité à la violence extrémiste et à de graves abus des droits des Palestiniens ».

Un contexte de tensions persistantes

Cette annonce intervient dans un climat de tensions régionales toujours vives. L'armée israélienne a mené une nouvelle frappe aérienne dans la bande de Gaza, malgré l'accord de cessez-le-feu négocié par les États-Unis et entré en vigueur en octobre. Les militaires israéliens affirment que ces frappes ont tué quatre hauts membres de l'appareil de sécurité générale du Hamas. Israël accuse le mouvement islamiste de se réarmer et de reconstituer ses forces.

Le conflit actuel a été déclenché par l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d'Israël, au cours de laquelle environ 1 200 personnes ont été tuées et 251 autres prises en otage. La campagne militaire israélienne menée en riposte dans la bande de Gaza a fait, selon les autorités sanitaires du territoire, plus de 72 950 morts.

L'Irlande s'est imposée comme l'un des critiques les plus virulents d'Israël au sein de l'Union européenne depuis le début de l'offensive. En 2024, Dublin a officiellement reconnu l'État palestinien, une décision qui avait conduit Israël à ordonner la fermeture de son ambassade dans la capitale irlandaise.