L'Islande s'apprête à revoter sur son avenir européen. Le 29 août prochain, les citoyens de cette île de l'Atlantique Nord seront appelés aux urnes pour un référendum consultatif portant sur la reprise des négociations d'adhésion à l'Union européenne, un processus interrompu depuis 2015. Le scrutin, officialisé par les autorités islandaises, intervient dans un contexte marqué par des inquiétudes géopolitiques, des difficultés économiques et un regain d'intérêt pour le projet communautaire.

Un processus gelé depuis 2015

Cette consultation n'est pas un premier débat sur l'Europe en Islande. Après la grave crise financière de 2008, qui avait durement frappé le pays, Reykjavik avait présenté sa candidature à l'UE en 2009. Les négociations, ouvertes en 2010, avaient progressé rapidement : vingt-sept des trente-trois chapitres d'alignement sur la législation européenne avaient été ouverts, et onze d'entre eux avaient été provisoirement clos avec succès. Mais en 2013, un nouveau gouvernement a décrété une pause dans le processus, qui s'est transformée en un gel total en 2015. Depuis, la question européenne était restée en suspens.

Le poids de la pêche dans la balance

Le secteur de la pêche, pilier de l'économie islandaise, est au cœur des préoccupations. Il représente environ 6 % du produit intérieur brut et 40 % des exportations de marchandises. La gestion des ressources halieutiques, historiquement source de tensions – notamment lors de la « guerre de la morue » avec le Royaume-Uni dans les années 1950 à 1970 –, reste un sujet sensible. Les岛ais redoutent que l'adhésion à l'UE ne les contraigne à partager leurs zones de pêche avec les autres États membres, une perspective qui suscite de vives oppositions parmi les professionnels du secteur et une partie de la classe politique.

Un contexte géopolitique troublé

Le retour au pouvoir du président américain Donald Trump, dont les déclarations controversées ont ébranlé la crédibilité des alliances traditionnelles, a relancé le débat sur la souveraineté et la sécurité de l'île. L'Islande, membre fondateur de l'OTAN (1949) et liée aux États-Unis par un accord de défense bilatéral depuis 1951, ne possède pas d'armée propre. Sa sécurité repose entièrement sur ces engagements. Or, les propos du locataire de la Maison-Blanche, qui a notamment exprimé à plusieurs reprises son souhait d'acquérir le Groenland – territoire du Danemark, État membre de l'UE –, ont été perçus comme une menace implicite. En début d'année, le nouvel ambassadeur américain en poste à Reykjavik, Billy Long, a même fait une plaisanterie au Parlement islandais sur le fait qu'il aimerait devenir « gouverneur du 52e État », provoquant un malaise. Il a présenté ses excuses par la suite.

Si la population islandaise ne se sent pas directement menacée par une intervention militaire américaine, les déclarations intempestives de Donald Trump ont toutefois alimenté un sentiment de vulnérabilité et relancé l'idée que l'adhésion à l'UE pourrait offrir un cadre de sécurité plus stable et prévisible.

Un débat polarisé

La campagne référendaire s'annonce tendue. Les partisans du « oui », comme le Mouvement européen islandais, mettent en avant la nécessité de peser dans un monde de plus en plus instable et de bénéficier des avantages économiques et politiques de l'Union. « Les Islandais sont convaincus que leur île est un élément clé de la sécurité intérieure des États-Unis et que cela leur confère une sorte de garantie », explique Snaeros Sindradottir, directrice du Mouvement européen, tout en soulignant que la donne a changé.

De l'autre côté, les opposants, majoritaires dans les sondages ces dernières années, insistent sur la perte de souveraineté, notamment dans le domaine crucial de la pêche, et sur les risques de voir la politique économique du pays dictée depuis Bruxelles. La question monétaire est également sensible : l'Islande, qui a sa propre monnaie, la couronne, a connu une forte inflation et une hausse du coût de la vie, mais beaucoup craignent qu'une adoption de l'euro ne limite la capacité du pays à réagir aux chocs économiques.

Un scrutin à plusieurs étapes

Le référendum du 29 août est la première étape d'un processus qui pourrait être long. Si le « oui » l'emporte, le gouvernement islandais devra ouvrir de nouvelles négociations avec Bruxelles. Si ces dernières aboutissent à un traité d'adhésion, les Islandais seront alors de nouveau convoqués aux urnes pour un second référendum, cette fois sur l'accession elle-même. L'issue de la consultation d'août est donc loin d'être jouée, mais elle marque un tournant dans l'histoire récente de ce pays nordique, qui n'a jamais cessé de s'interroger sur sa place en Europe.