Une enquête ciblée sur l'interopérabilité d'iOS et iPadOS

L'Autorité de la concurrence italienne (AGCM) a annoncé l'ouverture d'une procédure visant Apple pour des pratiques qu'elle estime anticoncurrentielles dans le domaine du stockage en ligne. L'administration reproche à la firme de Cupertino de ne pas autoriser les services cloud tiers à effectuer une sauvegarde complète des données des appareils fonctionnant sous iOS et iPadOS, une fonctionnalité qu'iCloud monopolise de fait.

Selon les premiers éléments de l'enquête, les utilisateurs d'iPhone et d'iPad ne peuvent pas recourir à des solutions comme Google Drive, Microsoft OneDrive ou Dropbox pour sauvegarder l'intégralité de leur terminal. Seul iCloud bénéficie de l'accès aux fonctionnalités système nécessaires à cette opération, alors que les concurrents en sont exclus. Le régulateur italien estime que cette situation pourrait violer l'article 6, paragraphe 7, du Digital Markets Act (DMA), le règlement européen qui impose aux grandes plateformes des obligations d'interopérabilité et de non-discrimination.

Le DMA comme fondement juridique de la procédure

Le DMA, entré en vigueur en 2024, désigne Apple comme « contrôleur d'accès » (gatekeeper) pour iOS, iPadOS, Safari et l'App Store. Le texte exige que ces systèmes offrent aux fournisseurs tiers de services cloud « une interopérabilité libre et effective » et leur accordent l'accès « aux mêmes fonctionnalités matérielles et logicielles » que celles dont dispose iCloud. En l'état, l'AGCM considère qu'Apple ne respecte pas cette obligation.

« Il apparaît qu'Apple n'autorise pas les services de stockage cloud concurrents à utiliser les fonctionnalités d'iOS et d'iPadOS permettant aux utilisateurs finaux d'effectuer une sauvegarde complète des données de leurs appareils, alors que ces mêmes fonctionnalités sont disponibles sur l'iCloud d'Apple », indique le gendarme italien dans un communiqué.

L'enquête italienne pourrait déboucher sur des sanctions significatives. En cas de manquement avéré, la Commission européenne, qui sera destinataire des conclusions de l'AGCM, peut infliger des amendes pouvant atteindre 10 % du chiffre d'affaires annuel mondial de l'entreprise. Pour Apple, dont le chiffre d'affaires dépasse 380 milliards de dollars, l'enjeu financier est colossal.

Un enjeu de taille pour les consommateurs européens

Au cœur du problème se trouve l'espace de stockage gratuit initialement alloué par Apple : 5 Go seulement. Ce volume est très rapidement saturé par les photos, messages, réglages et données d'applications. Pour poursuivre les sauvegardes automatiques, les utilisateurs sont alors contraints de souscrire un abonnement payant à iCloud+. Les offres démarrent à 0,99 euro par mois pour 50 Go.

Cette limitation contraste avec la pratique d'autres fabricants. Sur Android, par exemple, les utilisateurs peuvent librement configurer une sauvegarde complète vers le service cloud de leur choix, qu'il s'agisse de Google Drive, OneDrive ou tout autre fournisseur compatible. Les critiques soulignent que le verrouillage d'Apple incite mécaniquement à l'achat d'une capacité iCloud supplémentaire.

Les implications pour Apple et le marché européen

Si la Commission européenne suit les recommandations italiennes, Apple pourrait être contraint d'ouvrir des API permettant aux applications de sauvegarde tierces d'accéder aux mêmes droits système qu'iCloud. Une telle décision obligerait l'entreprise à repenser l'architecture actuelle de son service, actuellement étroitement intégré au système d'exploitation.

Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de tensions entre Bruxelles et les grandes entreprises technologiques américaines. Apple a déjà été ciblée par plusieurs enquêtes au titre du DMA, notamment sur les règles de l'App Store, le paiement sans contact (Apple Pay) ou encore le navigateur Safari. L'entreprise conteste régulièrement ces actions, arguant que ses pratiques ne portent pas préjudice à la concurrence et qu'elles garantissent la sécurité des utilisateurs.

Un dispositif connexe modifié en parallèle

Parallèlement à cette procédure, Apple a récemment annoncé des modifications concernant sa fonction « Masquer mon e-mail », qui permet de générer des adresses électroniques jetables. À compter de 2026, cette fonctionnalité sera modifiée pour se conformer aux exigences européennes, illustrant les pressions réglementaires que subit le groupe californien dans l'Union.

L'AGCM doit désormais transmettre ses conclusions à la Commission européenne, qui aura la responsabilité de statuer sur un éventuel manquement au DMA. Aucun calendrier précis n'a été communiqué pour la finalisation de cette enquête.