Un succès au box-office sans précédent

La superproduction de Christopher Nolan, «L’Odyssée», a réalisé le meilleur démarrage de l’année pour un film en prises de vues réelles, avec des recettes estimées à 124,5 millions de dollars sur le territoire nord-américain entre jeudi et dimanche. Selon les données de Rentrak, ce résultat la place au troisième rang des lancements de 2026, derrière «Toy Story 5» (160 millions) et «The Super Mario Galaxy Movie» (132 millions). Une majorité des spectateurs interrogés par PostTrak ont cité le nom du réalisateur comme principale motivation de leur achat, devant le casting pléthorique qui réunit Matt Damon, Anne Hathaway, Robert Pattinson, Zendaya, Charlize Theron, Lupita Nyong’o, Elliot Page et Tom Holland.

Les salles IMAX ont contribué à environ 24 % du total du week-end. L’exploitant AMC Entertainment a programmé des séances en 70 millimètres à 2 h, 3 h et 6 h du matin dans certaines villes pour répondre à la demande, et la quasi-totalité de ces séances affichaient complet. Le directeur général d’IMAX, Rich Gelfond, a indiqué que les réservations pour les cinq semaines à venir montraient des salles combles pour le format IMAX pellicule dans de nombreux cinémas, prédisant un long parcours en salles.

Un pari technique et esthétique

«L’Odyssée» est le premier long métrage commercial entièrement tourné avec les encombrantes caméras IMAX. Nolan et son chef opérateur néerlandais Hoyte van Hoytema, qui collaborent depuis «Interstellar» (2014), ont combiné des inventions nouvelles – comme des lumières imitant le feu développées spécialement – avec des techniques vieilles d’un siècle. Le réalisateur, âgé de 56 ans, a expliqué avoir contacté ses amis d’IMAX dès la conception du projet, leur demandant de préparer un tournage intégral en IMAX, sans pouvoir alors révéler le sujet. Les séquences ont été tournées sur des océans et dans des déserts, par séquences de trois minutes maximum, privilégiant les décors réels et les effets tangibles plutôt que les images de synthèse. Le cyclope Polyphème, interprété par Bill Irwin, a été rendu par des astuces de caméra quasi artisanales, tandis que les navires d’Ulysse essuient de véritables vagues.

Une controverse balayée par le public

Depuis l’annonce du film, une campagne virale menée par des cercles d’extrême droite sur les réseaux sociaux a tenté de discréditer la production. Les cibles ont été le casting inclusif – incluant des acteurs noirs et transgenres –, le choix de Matt Damon dans le rôle d’Ulysse, l’accent américain des dialogues, ou encore la conception anachronique des navires. Elon Musk lui-même a amplifié ces critiques sur sa plateforme. Les opposants ont appelé au boycott, downvoté les bandes-annonces et qualifié le film de «manipulation psychologique» destinée à saper la culture occidentale. Un cinéma de la banlieue de Philadelphie a même dû annuler une séance matinale à cause d’une panne de courant, certains spectateurs plaisantant sur un éventuel sabotage.

Ces appels ont cependant échoué face à l’enthousiasme populaire. Les projections IMAX affichaient complet des semaines à l’avance, et des billets se revendaient jusqu’à 1 000 dollars sur les marchés secondaires. Le film totalisait une note de 96 % sur l’agrégateur Rotten Tomatoes, un score que les détracteurs ont attribué à une prétendue «conspiration woke». Plusieurs commentateurs soulignent que le boycott organisé en ligne s’est soldé par un échec retentissant, le film s’acheminant vers un milliard de dollars de recettes mondiales.

Accueil critique contrasté

Si la majorité des critiques ont salué l’ampleur visuelle et l’ambition narrative, certaines voix se sont élevées pour juger l’adaptation «très stupide», lui reprochant un manque de fidélité à l’esprit épique du texte homérique. D’autres, au contraire, louent la capacité de Nolan à trouver des angles originaux sur un récit connu, en mettant l’accent sur les doutes intérieurs d’Ulysse plutôt que sur ses seules ruses. Le film parvient selon eux à concilier le spectacle de masse avec une réflexion personnelle sur la famille et la société en déclin, thèmes chers au cinéaste. Emily Wilson, traductrice américaine du poème, a influencé l’approche : là où Homère présente Ulysse comme un «homme aux mille tours», le film explore la complexité morale d’un homme qui se demande s’il mérite de rentrer chez lui après vingt ans de guerre.

Avec un budget de production estimé à 250 millions de dollars, «L’Odyssée» s’impose déjà comme l’un des plus gros succès de l’année et confirme la place unique de Christopher Nolan dans un Hollywood dominé par les franchises. Le réalisateur, capable de transformer un poème vieux de trois mille ans en blockbuster instantané, prouve que son nom reste une marque aussi puissante que les super-héros ou les personnages de dessins animés.